« Ce n’est que de l’amour », une nouvelle émission LGBT à la radio et sur le net

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Daniel Conrad, qui produit et anime "Ce n'est que de l'amour", consacrée à la vie associative, culturelle et militante LGBT locale et nationale, en raconte la naissance.

Daniel Conrad RCNDepuis le 19 octobre, Radio Caraïb Nancy (RCN, 90.7 FM) propose une nouvelle émission, consacrée à la vie associative, culturelle et militante LGBT locale et nationale et destinée à faire évoluer les mentalités en luttant contre l’homophobie, et qui porte le joli nom de Ce n’est que de l’amour.

Pour Yagg, son producteur et animateur, Daniel Conrad, en raconte la genèse.

Avant de parler de ton émission Ce n’est que de l’amour, peux-tu te présenter ? Et présenter le site Les Toiles roses, dont tu es rédacteur en chef ? Avec plaisir, Judith. My name is Conrad, Daniel Conrad. Je suis un homme de 42 ans, homosexuel, militant culturel, éditeur et intervenant en cybermarketing, habitant la France profonde bien au-delà du périphérique parisien (je suis de Nancy dans l’Est)… mais je parle couramment le français et je monte souvent à Paname pour me sentir un peu civilisé (rires). J’ai aussi trempé de longues années dans la politique, le milieu du football et dans le cercle des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantastique…).

Depuis quelques années, me sentant vieillir (je suis encore loin d’avoir besoin d’un déambulateur, je te rassure), j’ai décidé d’agir contre l’homophobie et pour faire évoluer les mentalités en créant, il y a presque sept ans, le site Les Toiles roses. Un site culturel : on vient y lire de longs articles (et pas que d’une main !) consacrés à la culture LGBT (cinéma, télévision, littérature, théâtre), aux faits de société (mais nous ne sommes pas un média d’actualité comme Yagg) et quelques chroniques d’humeur et d’humour. Nous sommes bénévoles, indépendant-e-s, ancré-e-s dans un esprit de collaboration, de partage. L’équipe compte une quarantaine d’intervenant-e-s, ponctuel-le-s ou régulier-e-s, de toute la palette politique (sauf l’extrême droite !) ; nous travaillons dans l’édition, le journalisme, l’éducation nationale, le milieu du cinéma et du DVD et nous avons même un Consul de France en poste à l’étranger.

Nous essayons de ne pas avoir une approche purement parisienne mais aussi provinciale (c’est important pour moi), et de bien faire comprendre qu’il n’existe pas de « lobby gay » mais que nous sommes, comme toute l’humanité, une infinité diversité en une infinie combinaison. C’est pour cela qu’en tant que rédac’ chef, je publie toutes les opinions, les analyses, même quand je ne suis pas d’accord avec. Du moment où il y a une argumentation qui se tient. Ma limite à la tolérance, c’est la haine. La haine n’est pas une opinion. Nous la combattons comme toi et l’équipe de Yagg.

La radio RCN vient donc de te confier une émission, Ce n’est que de l’amour. D’où est venue l’idée ? Pourquoi une radio généraliste a-t-elle eu envie de diffuser une émission LGBT ? L’idée ? Je la dois à un ami et une personne que j’admire beaucoup : Brahim Naït-Balk, l’auteur d’Un Homo dans la cité, entraîneur du Paris Foot Gay et grand manitou de l’émission Homo Micro. Il m’a remis le pied à l’étrier en ce qui concerne la radio et me donne l’envie de me battre comme lui, tranquillement mais avec la conviction que nous pouvons faire changer les choses. Cet homme est un modèle pour moi. Mais aussi à la rencontre avec un homme admirable, qui porte une des dernières radios associatives françaises sur ses épaules, Yves Issartier, président de RCN, et à une femme, dont je suis tombé amoureux, Arielle Christoflau, directrice des programmes et figure de proue de RCN. Je les ai rencontrés pour exposer l’idée d’une émission LGBT à Nancy, positive, créant du lien social, reprenant tous les fondamentaux (c’est-à-dire expliquer tout notre jargon LGBT aux autres) autour d’une bouteille de blanc. Une heure après, Arielle m’a dit : « Toi, je te prends ! ». Trois jours après, j’avais mon créneau mensuel pour Ce n’est que de l’amour et le soutien de la quarantaine d’animateurs de cette radio qui est vraiment le son de la différence et de la diversité.

Je ne suis pas leur quota gay, je me sens faire partie d’une tribu complètement diverse et soudée : de la conteuse vosgienne aux jeunes des cités, des handicapé-e-s aux minorités ethniques, des délinquant-e-s en milieu fermé aux gothiques, des fans de hip-hop aux personnes nostalgiques de Pascal Sevran… Nous sommes tou-te-s représenté-e-s ! RCN (Radio Caraïb Nancy), c’est la cour des miracles. Et des vrais bons miracles ! Elle se bat pour continuer d’exister et est une des rares stations associatives à diffuser en numérique sur les ondes, sur le net et en podcast ! Nous nous sommes trouvés, eux et moi, moi et eux, au bon moment et immédiatement. Ce n’est que de l’amour !

Quels seront les sujets abordés ? Sous quelle forme ? Dans les deux premières émissions (19 octobre et 16 novembre), je reçois les associations et les politiques de Meurthe-et-Moselle (54) avec quelques chroniques. Ensuite, je compte bien aborder avec des invité-e-s les thèmes suivants : religions et homosexualité, handicap et homosexualité, sport et homosexualité, arts et homosexualité, homophobie… Ce ne sont pas les thèmes qui manquent ! Je réunis aussi actuellement une équipe de chroniqueuses et chroniqueurs jeunes ou moins jeunes, mais une dream team talentueuse, pour des pastilles comme : revue de presse, actu TV/Ciné/Littérature, courrier des auditeurs, Histoire de l’homosexualité, coups de gueule et de cœur… J’ai déjà recruté des acteurs associatifs formidables comme Donia Bentrad, Roméo d’Angelo et Julien Gelly, ce sont eux qui prendront la relève plus tard. Il y aura des micro-trottoirs et des témoignages en direct, anonymes ou pas.

Et surtout, je veux une programmation musicale sur la thématique LGBT et donnant la parole à des artistes peu connus comme Ganaël Joffo, Halim Corto, Urban Cactus, La Nébuleuz, Bruno Roy, Les White Niggaz… plutôt qu’aux titres diffusés par les radios commerciales (genre Lady Gaga, Madonna et tout le toutim). L’émission n’aura pas une structure statique mais évoluera au fil du temps et des numéros. Je la veux destinée avant tout aux hétéros gay-friendly (famille, amis, enseignants) mais qui plaise aussi à la « communauté LGBT » (quel vilain terme !). Je compte aussi parler des médias internet qui font du bon boulot et tu le sais Judith, Yagg en fait partie.

Ce n’est pas ta première expérience radio, tu es déjà chroniqueur dans l’émission Homo Micro sur Fréquence Paris Plurielle. C’est un média que tu aimes ? Que t’apporte-t-il que ne t’apporte pas le web, par exemple ? Je suis un homme de médias… Je travaille dans l’édition, en tant qu’auteur et directeur littéraire, depuis de 20 ans. J’aime l’écrit. Internet est un formidable outil de transmission de savoir, c’est pour cela que je dirige Les Toiles roses. J’aime internet et pratique sur mon site tout ce que je déconseille à mes étudiants en écoles de commerce (faire long, profond, des avis variés…). La radio ? C’est un amour de jeunesse. Un moyen de rentrer chez les gens directement. Encore faut-il le faire intelligemment. Brahim Naït-Balk me l’a montré et je suis fier de faire partie de son équipe.

De même que mes amis Marjolaine Koch et Harry Eliézer de France Inter, avec leur remarquable émission Je t’aime pareil, diffusée cet été et à destination d’un public généraliste. Je suis heureux d’avoir été un de leurs invités et d’avoir ensuite entraîné Harry à Homo Micro pour une émission d’anthologie ! De plus, les radios associatives émettent sur le net et en podcast, on touche tellement plus de monde. Ce n’est que de l’amour est écoutée via internet partout en France et dans le monde. Je ne peux que conseiller à celles et ceux qui, comme toi et moi, voulons faire changer les choses à notre niveau de tenter ce genre d’initiatives locales ou virtuelles. C’est brique par brique, par tous les moyens de communication à notre disposition, que nous abattrons le mur de la discrimination et de l’homophobie.

Un dernier mot ? Ce n’est que de l’amour. Et que cet amour dure une minute, dix ans ou toute une vie, nous sommes tous des amoureux de la vie – homos comme hétéros –, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Merci Judith et à mes ami-e-s de Yagg de m’avoir donné cet espace de parole. Sincèrement.

Ce n’est que de l’amour, le 3e mardi du mois, de 17h à 18h, sur RCN 90.7 FM, sur le site de la radio puis en podcast.

Pour entendre ou réentendre la première émission, rendez-vous sur Les Toiles roses.

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