Rentrée littéraire: les choix de Catherine et Christine, de la Librairie Violette and Co
Catherine et Christine de Violette and Co, la librairie des filles et des garçons manqués, livrent pour Yagg leur sélection de bouquins préférés en cette rentrée littéraire 2010.
Catherine et Christine de Violette and Co, la librairie des filles et des garçons manqués, livrent pour Yagg leur sélection de bouquins préférés en cette rentrée littéraire 2010. Et si vous voulez leur rendre une petite visite, n’hésitez pas, c’est 102, rue de Charonne, 75011 Paris (voir également le site de Violette and Co).
Que font les rennes après Noël ?, d’Olivia Rosenthal, Verticales
Ce livre nous parle des animaux et de nous-mêmes: de dressage, d’éducation, d’enfermement, de contrainte, d’aliénation, d’affranchissement, d’émancipation, de libération, d’affirmation affective et sexuelle. Un texte qui peut dérouter, c’est-à-dire nous sortir des routes toutes tracées en littérature, comme l’avait fait le précédent livre de l’auteure, On n’est pas là pour disparaître, et nous emmener sur d’autres chemins à explorer.
Elles vivaient d’espoir, de Claudie Hunzinger, Grasset
Emma aime Thérèse qui aime Emma. Mais nous sommes dans les années 30, la distance les sépare puis le mariage d’Emma, puis la guerre pendant laquelle Thérèse entre dans la Résistance. À travers les lettres et les carnets retrouvés d’Emma, sa mère, l’auteure reconstitue avec émotion une histoire d’amour qui croise la grande Histoire.
Girl meets boy, d’Ali Smith, traduit de l’anglais (Écosse) par Laetitia Devaux, L’Olivier
Le titre aurait pu être Girl meets Girl ou Girl meets Boy who is a Girl ou Girl’s sister meets Boy who looks like a Girl, mais ça serait un peu long pour un court roman plein de fantaisie sur la rencontre avec celle (celui?) qui n’est pas ce qu’il (elle?) paraît. On y retrouve un esprit à la Jeannette Winterson, et on aimerait que ça dure plus que 140 pages.
Avec Bastien, de Mathieu Riboulet, Verdier
Comme toujours, Mathieu Riboulet nous séduit avec son style précis, fluide, magnifique. Bastien est l’homme que le narrateur voit dans des films pornos. Il ne voit pas seulement son corps en action, il voit son regard et sa vie. La vie de Bastien, enfant singulier grandissant dans une famille attachante, la vie de Bastien à Paris avec les hommes qu’il croise ou auxquels il s’attache. Par Bastien, le narrateur trouve en lui une sorte d’apaisement.
Le sel, de Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard
Louise, veuve d’un pêcheur sétois, organise un dîner afin de réunir ses enfants dispersés et leurs familles. Dans la perspective de ce repas, en chacun remontent les souvenirs avec son lot de rancœurs, de regrets, de drames: la perte d’un enfant, la rivalité entre frères, la brutalité d’un époux, l’homosexualité inacceptée, des rencontres amoureuses… Toujours dans une langue classique et exigeante, l’auteur décline un « Familles, je vous hais! » où l’espoir d’amour survivrait.
Mamita, de Michel del Castillo, Fayard
Un pianiste vieillissant revient sur son enfance auprès d’une mère admirée et monstrueuse d’égoïsme. Mais est-ce l’époque (Révolution espagnole, début du franquisme, Seconde Guerre mondiale) qui l’a forgée ainsi? Xavier se souvient aussi de sa relation avec son compagnon mort quinze ans auparavant et, à travers les rencontres avec une mécène américaine et un jeune admirateur, peut-être va-t-il conjurer ses démons. Écriture classique et réflexions sur la mémoire, la douleur et le rôle de l’art.
Purge, de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock
Ce livre est un véritable choc littéraire, intellectuel et émotionnel. Sofi Oksanen nous conte avec un talent incomparable un pan de l’histoire de l’Estonie, ce pays meurtri par les occupations allemande et soviétique à travers le destin croisé de la vieille Aliide et de la jeune Zara. Plus encore que les territoires, les corps des femmes sont instrumentalisés et violentés.
L’indésirable, de Sarah Waters, traduit de l’anglais par Alain Defossé, Denoël
Sarah Waters « promène » son lecteur dans une maison hantée où des inscriptions mystérieuses apparaissent, des objets se déplacent, des bruits indéfinis persistent. Un médecin rationaliste, dont la mère a été servante de cette riche famille de propriétaires terriens, tente d’aider les occupants au milieu des catastrophes inexpliquées qui s’accumulent. L’auteure revisite le roman gothique en situant son récit dans l’Angleterre de l’après Seconde Guerre mondiale sur fond de différences sociales et sur les ravages insidieux qu’elles peuvent provoquer.
Exposé des faits, de Vanessa Place, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nathalie Paronny, ere
Livre singulier que ce texte d’une romancière, poète, avocate, critique d’art américaine qui revendique une écriture conceptuelle. Pas de mise en contexte, pas d’explications: c’est à nous de constituer les histoires à partir de ces exposés des faits de procès en appel qui présentent les témoignages de prostituées mineures, de proxénètes, de policiers. Un livre sur la violence plus percutant que bien des essais et romans traditionnels.
Une histoire politique du pantalon, de Christine Bard, Seuil
Le pantalon s’est généralisé à la fin de l’Ancien Régime et est devenu l’emblème de l’ordre bourgeois et patriarcal. La Révolution française date le début de ce qui a été appelé la « Grande Renonciation masculine » en matière d’apparence et d’habillement. Beauté et coquetterie sont laissées aux femmes. Ce tournant historique marque concomitamment une interdiction explicite faite aux femmes du port de l’habit masculin. Cet interdit sous-tend en fait la peur constante de l’indifférenciation des sexes qui perdure jusqu’à nos jours. Se battre pour le droit à porter le pantalon est avant tout un combat politique pour l’égalité des sexes. Un essai brillant et éclairant.
Nous avons aussi aimé: Apocalypse Bébé (Virginie Despentes, Grasset), Elle avait les yeux verts (Arnost Lustig, Galaade), Cent seize Chinois et quelques (Thomas Heams-Ogus, Seuil), Où j’ai laissé mon âme (Jérôme Ferrari, Actes sud), Dans la nuit brune (Agnès Desarthe, L’Olivier), Le Joli mois de mai (Emilie de Turckheim, H. d’Ormesson), Une femme célèbre (Colombe Schneck, Stock), Corpus Delicti (Julie Zeh), Le dernier mot (Gisèle Fournier, Mercure de France), La distribution des lumières (Stéphanie Hochet, Flammarion), Un autre amour (Kate O’Riordan, J. Losfeld)…
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