Escorts gays sur le net: à qui profite la loi?
Que dit la loi au sujet des relations sexuelles tarifées sur le net? Tous les sites sont-ils logés à la même enseigne? Enquête sur fond de guerre commerciale entre services de rencontres gays.
Pas envie de sortir. Carnet d’adresses épuisé. On se met alors à chercher frénétiquement sur le net celui qui pourra nous tenir compagnie, ne serait-ce qu’une nuit. On se connecte sur Twitter, ok, mais ça prend du temps pour draguer… Un site de rencontres? Pourquoi pas? On mate, on branche. Un certain Zac est dispo (ça tombe bien). Il ne pose pas trop de questions, se fiche qu’on n’ait pas de photos sur son profil (tant mieux). Et quand arrive la question: « Chez toi ou chez moi? », la réponse est des plus étonnantes: « Si je me déplace, ce sera plus cher ». Plus cher? Oui, car le charmant Zac propose des « services » tarifés sur le web, et il n’est pas le seul.
ACTIF OU PASSIF: LE RACOLAGE
D’après Hervé Latapie, auteur de Doubles vies, la plupart de ces garçons ne se prostituent pas dès qu’ils s’inscrivent sur un site de rencontres: « Souvent, ce sont les clients eux-mêmes qui proposent de l’argent pour coucher avec un mec qu’ils contactent sur les sites de rencontres. Et puis, petit à petit, les rôles s’inversent, et le mec à qui on a proposé de l’argent propose lui-même d’être rémunéré en préambule à toute relation ».
Que risque notre Zac? A priori, pas grand-chose. La prostitution étant légale en France, il ne tomberait sous le coup de la loi que s’il pratiquait soit le proxénétisme, soit s’il racolait. Cette dernière notion fut élargie en 2003 par la Loi pour la sécurité intérieure (dite Loi Sarkozy II). Ainsi, l’article 225-10-1 du code pénal prévoit que « le fait, par tout moyen, y compris par une attitude même passive, de procéder au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’une rémunération ou d’une promesse de rémunération est puni de deux mois d’emprisonnement et de 3750 euros d’amende ».
L’attitude du jeune homme ne ressemble pas à du racolage puisque rien sur son profil n’indiquait ses intentions tarifées (ce qui est d’ailleurs souvent le cas dans ce genre de situation). De plus, la jurisprudence restreint fortement la notion de « racolage passif ». Comme le rappelle Vincent Dufief, avocat au barreau de Paris, spécialisé dans le droit pénal informatique, les tribunaux se basent actuellement sur des jugements antérieurs limitant le racolage passif aux « paroles ou gestes expressifs pouvant constituer une invitation à avoir des rapports sexuels ».
GAYVOX VS. GAYROMEO
Dans le cadre des sites personnels, ce genre de délit est facilement démontrable. C’est pourquoi, on voit fleurir des sites proposant des « massages » ou des « services » sans en déterminer la spécialisation.
Pour les sites de rencontres, cela est beaucoup plus difficile à contrôler. Le fait que des membres s’inscrivent dans le but de trouver des « clients » est connu de tous les créateurs de sites de rencontres… Et cette réalité les inquiète. Patrick Elzière est le créateur de Gayvox, l’un des sites de rencontres gays les plus influents. Il est sur le marché depuis une dizaine d’années. Et il a déclaré une véritable guerre aux relations sexuelles tarifées sur son site: « On le sait, on reste très vigilant là-dessus. Et l’on suspend ou l’on supprime les comptes de ceux qui pratiquent la prostitution sur Gayvox. Cela passe par des modérateurs… mais on se sert surtout des avertissements que nous laissent certains internautes », nous assure-t-il.
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