Expo « Radical Jewish Culture »: découverte d’une scène identitaire et avant-gardiste

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Le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, nous fait découvrir une scène musicale new-yorkaise expérimentale qui propose une approche radicale et novatrice de la culture juive.

Jusqu’au 18 juillet, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, nous fait découvrir, au travers d’une exposition et de quelques concerts, une scène musicale new-yorkaise expérimentale qui propose une approche radicale et novatrice de la culture juive.

RADICAL JEWS
La Radical Jewish Culture (RJC) est à la culture juive et à la scène musicale underground de New York ce que le mouvement queer a été au mouvement gay et lesbien américain. Apparus approximativement à la même époque, ils consistent l’un comme l’autre en une réaffirmation forte du caractère irréductible des identités minoritaires et en un questionnement radical de leurs significations.

En 1992, le musicien de jazz et producteur John Zorn est invité à concevoir une programmation au Munich Art Projekt. Il décide de rassembler une grande partie de la scène musicale new-yorkaise de l’époque (Lou Reed, John Lurie, Anthony Coleman, Marc Ribot…) sous la bannière « Festival for a Radical New Jewish Music ». Au cours du festival, il dirige une œuvre intitulée Kristallnacht, commémorant la nuit de pogroms à laquelle les nazis se livrèrent en 1938 – un enregistrement du concert est visible à l’exposition. Avec Marc Ribot, il signe un manifeste dans lequel ils invitent les musiciens juifs à interroger leur judéité, la signification qu’ils lui donnent, la façon dont elle intervient dans leur travail. Ils y évoquent une « tradition cachée », celle d’un « judaïsme subversif », dans les musiques d’avant-garde.

Une simple dénomination suffit parfois à engager un questionnement: dans quelle mesure une musique sans rapport apparent avec la tradition juive peut-elle être juive? Des musiciens juifs suffisent-ils à rendre une musique juive? Qu’est-ce que la musique juive?

HÉRITAGES, FILIATIONS, MÉTISSAGES
Cette initiative, qui donnera aussi naissance à une collection de disques sur le label Tzadik, croise alors le renouveau du klezmer, porté par des groupes comme les Klezmatics. Les initiateurs de la RJC s’intéressent vivement aux traditions musicales juives: le klezmer, musique populaire venue d’Europe orientale, les nigounnim, mélodies sans paroles chantées dans les fêtes hassidiques. Ils interrogent aussi une identification courante: la musique juive se réduit-elle au klezmer?

G-D is My Co-Pilot, What kann you mach? Es ist Amerikeh! Brochure réalisée par Craig Flanagin Photo Hannah Pretzhold, 1992

Les animateurs de cette scène sont nombreux à reconnaître leur dette à l’égard de musiciens afro-américains (comme le Chicago Art Ensemble), pour leurs inventions musicales, le jazz et le funk, et leur politisation de la musique.

La RJC nous invite à la découverte du feuilletage culturel d’une ville où une culture juive autonome s’est développée en continu depuis la fin du XIXe siècle et au contact de nombreuses autres influences, avec lesquelles elle a pu se métisser. Ainsi émergent des problématiques queer dans la RJC, chez les Klezmatics et God is My CoPilot, formation singulière qui puise son inspiration, entre autres, dans la tradition hassidim pour chanter l’amour libre et l’homosexualité.

QUELQUES ENSEIGNEMENTS
L’exposition présente de nombreux documents (pochettes de disques, affiches, livres, films et pièces sonores) et des interviews qui permettent de découvrir cette scène et sa créativité musicale, visuelle et conceptuelle. Dans un contexte français toujours dominé par la peur du « repli communautaire », il est passionnant de découvrir une scène musicale aussi radicale des points de vue identitaire et politique, et en même temps toujours ouverte, prolifique et inventive. Elle est l’occasion de se poser les questions que se sont posés les musiciens de la RJC: en quoi nos identités participent-elles de nos pratiques culturelles? Quelles sont nos traditions? Quelles significations leur donnons-nous? À quoi peuvent-elles nous servir?

Vincent Simon

Photo (à gauche) John Zorn au CBGB’s, New York, 1987 © Michel Macioce

Radical Jewish Culture, Scène musicale New York, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (71, rue du Temple, 75003 Paris), jusqu’au 18 juillet. Plus d’infos sur le site du Musée d’art et d’histoire du judaïsme.

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