Musique: Salim Halali, inclassable charmeur

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Dans la collection "Trésors de la chanson judéo-arabe", sortie d'un CD de Salim Halali, l'un des plus grands chanteurs du Maghreb, qui préférait les hommes. Retour sur une vie hors du commun.

Comment le cataloguer ? Juif arabe pédé ? Pédé juif arabe ? Arabe pédé juif ? Salim Halali, qui s’assumait tout en se moquant des étiquettes, a été l’un des plus grands chanteurs du Maghreb, une bête de scène, tant dans les chants traditionnels que dans la variété arabe modernisée (avec une prédilection pour la musique espagnole, sœur de la musique arabe). Un homme de charisme et de courage. Un CD dans la collection « Trésors de la chanson judéo-arabe » chez Buda Musique le rappelle à la mémoire.

DISPARU EN 2005
Mort en 2005 dans un relatif oubli – les connaisseurs ne l’avaient pas oublié – Salim Halali est né en 1920 à Annaba (ex-Bône), en Algérie, dans une famille modeste d’origine berbère. Dans le système traditionnel arabo-musulman, les juifs occupent facilement la fonction d’artiste. Pas forcément bien vu. Salim s’initie auprès de maîtres : sa voix est marquée par la complexité de la musique traditionnelle. Mais lui se passionne pour le flamenco et le cuplé espagnol.

TRÉSORS KITSCH
Il part en France et commence à chanter en espagnol en pleine vogue des espagnolades. Mohamed Ygerbuchen, le compositeur de la B.O. de Pépé le Moko le repère, et d’autres artistes comme Mahieddine Bachtarzi (un artiste-phare). Sur leurs conseils, Salim passe au dialectal algérien, et ses paso-doble en arabe comme Mounira ou Andalucia, trésors kitsch, sont de grands succès. Il profite de la mode Rudolph Valentino pour se produire maquillé, les sourcils épilés, dans des toilettes fantaisistes.

PARIS, L’OCCUPATION
C’est à Paris que l’on enregistre et Salim Halali s’y trouve menacé quand les nazis occupent la capitale. Le recteur de la mosquée de Paris Si Kaddour Benghabrit, grand mélomane, dresse dans le cimetière musulman une fausse tombe au nom du père de Salim et lui établit un document stipulant que sa famille est convertie à l’islam, lui évitant le pire. Mais Salim connaît une atroce déception quand son amant et chef d’orchestre va travailler pour une radio au service des nazis qui diffusent vers le Maghreb des appels au meurtre des juifs…

La guerre n’a pas entamé sa popularité nous explique Rabah Mezouane dans le livret qui accompagne le CD, qui n’hésite pas à lever certains tabous. Salim est un des chanteurs les plus populaires du monde maghrébin, ses albums s’arrachent. Il s’achète des boîtes de nuit, avenue Montaigne à Paris, au Maroc, le Coq d’or, où nombre de grands artistes marocains vont débuter… Il se retire en 1965, passant du Maroc à la France, s’essayant sans grand succès à chanter en français. L’heure des artistes juifs maghrébins est passée.

IL AIMAIT LES HOMMES
Lui qui n’a jamais fait mystère de ses préférences, ce qui ne l’a pas empêché d’être l’ami de monstres sacrés comme Oum Kalthoum ou Reinette l’Oranaise, vit sa retraite avec son ami antiquaire. Quand celui-ci est emporté par le sida, c’est le dernier naufrage. Celui qui a tutoyé les princes et flambé des sommes inimaginables finit son existence isolé dans un hospice.

L’album édité par Buda musique dans la série « Trésors de la chanson judéo-arabe » propose le Salim Halali des années 50-60. La voix souple et chaude est parfaitement maitrisée, improvise des dentelles vocales comme en se moquant. On passe des morceaux traditionnels algériens à d’autres plus moyen-orientaux, puis on s’amuse avec les paso-doble ou cette curiosité : la version arabe de My Yiddishe Mama, qu’il a traduite lui-même. Quel historien, quel romancier s’attellera à cette vie hors du commun ?

Salim Halali (Buda Musique).

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