Affaire du calendrier: Act Up-Paris dément avoir démasqué Jean-Paul Cluzel

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Dans un communiqué publié ce jour, Act Up-Paris "dément être à l'origine des révélations de la participation du patron de Radio France au calendrier réalisé par Abraxas au profit de l'association". "Le tatoueur Abraxas, poursuit l'association, nous a offert un calendrier pour l'année 2009, réalisé par un artiste, Vincent Malléa, qui avait photographié des personnes […]

Dans un communiqué publié ce jour, Act Up-Paris « dément être à l’origine des révélations de la participation du patron de Radio France au calendrier réalisé par Abraxas au profit de l’association ». « Le tatoueur Abraxas, poursuit l’association, nous a offert un calendrier pour l’année 2009, réalisé par un artiste, Vincent Malléa, qui avait photographié des personnes tatouées dont nous ne connaissions absolument pas l’identité. »

Ce démenti fait suite aux propos de Jean-Paul Cluzel dans les colonnes du Figaro ce jour déclarant avoir « commis une erreur d’appréciation » en posant torse nu, masqué, et en tenue de catcheur, dans le calendrier au profit d’Act Up-Paris. « J’ai découvert après sa publication que les profits n’allaient pas à une opération comme le Sidaction mais à une association en particulier, Act Up », ajoute le président de Radio France. « Sans penser à mal, Act Up a décidé de révéler mon nom et ma fonction. » Ce que réfute donc aujourd’hui l’association.

Rappelons que cet entretien de Jean-Paul Cluzel intervient après des propos très critiques qu’aurait tenus Nicolas Sarkozy envers ce dernier au sujet de sa participation au calendrier, selon Le Canard enchaîné.

Le contexte de toute cette affaire est particulier: le mandat du président de Radio France arrive à échéance en mai prochain et doit être renouvelé. Et comme le souligne un article de Libération du 5 mars dernier, il s’agit du « premier poste sur lequel Nicolas Sarkozy va pouvoir tester ses nouveaux superpouvoirs de nomination des patrons de l’audiovisuel public. » Et l’actuel boss de la Maison ronde ne serait pas dans les petits papiers du président de la République.

Dans un communiqué du 4 mars, Jean-Paul Cluzel avait tenu « à marquer qu’il ne [pouvait] accorder le moindre crédit à des affirmations prétendument rapportées qui porteraient si gravement atteinte à son intégrité, à son honneur et à ceux des personnels de Radio France. » « À Radio France, écrivent les journalistes de Libération, le communiqué de Cluzel a déclenché l’étonnement: « C’est la première fois qu’on le voit réagir comme ça », raconte un journaliste. »

Aujourd’hui, Jean-Paul Cluzel confesse une « erreur d’appréciation », mais le 17 janvier dernier, sur Yagg, il défendait « le droit d’être soi-même » et déclarait: « La plupart de mes amis et de mes collaborateurs ont trouvé que c’était bien, que cela fait partie de ma personnalité d’assumer ce genre de risque, je dirais. D’autres ont estimé que c’était imprudent de la part d’un président d’une entreprise publique, surtout à quelques mois de son renouvellement. Mais les opinions favorables du style « bravo, plus de gens devraient faire comme lui » l’ont largement emporté. En tout cas, personne n’a trouvé ça condamnable. Nous ne sommes pas nus, il n’y a rien de pornographique. » Les pressions du pouvoir ont-elle été trop fortes?

Yannick Barbe

[mise à jour, 23h15] Jean-Paul Cluzel a joint la rédaction de Yagg et a souhaité que nous reproduisions la totalité de sa réponse à la première question (« Votre présence dans le calendrier d’Act Up a créé la polémique. La regrettez-vous? ») de l’interview qu’il a accordée au Figaro. La voici:

« J’ai commis une erreur d’appréciation et le regrette auprès des collaborateurs de Radio France que j’ai pu blesser. Des amis m’ont proposé de poser pour un calendrier sur la diversité des personnes tatouées, dont les profits allaient à la lutte contre le sida. J’ai insisté pour ne pas apparaître comme président de Radio France et donc posé avec un masque en tissu coloré. J’ai commis une imprudence: j’ai découvert après sa publication que les profits n’allaient pas à une opération comme le Sidaction mais à une association en particulier, Act Up. Sans penser à mal, Act Up a décidé de révéler mon nom et ma fonction. Ce qui me blesse dans cette affaire, c’est qu’on puisse penser que j’ai besoin d’un calendrier « à scandale » pour défendre la cause de la visibilité des gays. Chacun sait que j’ai donné des interviews « sérieuses » sur ce sujet, notamment dans Le Figaro Magazine, dès ma prise de fonction. »