Interview exclusive/ Jean-Paul Cluzel: « Ce qui me gêne dans cette affaire, c’est qu’on confonde ma démarche pour la visibilité des gays avec le calendrier »
Jean-Paul Cluzel (ci-dessus, à droite), qui avait accordé à Yagg une interview en janvier dernier, au moment de la révélation de sa participation au calendrier au profit d'Act Up-Paris, s'explique aujourd'hui sur la polémique qui s'en est suivie. Le président de Radio France, dont le mandat arrive à échéance en mai prochain, souhaite qu'on ne […]
Jean-Paul Cluzel (ci-dessus, à droite), qui avait accordé à Yagg une interview en janvier dernier, au moment de la révélation de sa participation au calendrier au profit d’Act Up-Paris, s’explique aujourd’hui sur la polémique qui s’en est suivie. Le président de Radio France, dont le mandat arrive à échéance en mai prochain, souhaite qu’on ne confonde pas son combat pour la visibilité des homos et sa présence dans le calendrier du tatoueur Abraxas. De plus, concernant les vives critiques qu’aurait tenues à son égard Nicolas Sarkozy, il ne pense pas que ce dernier puisse « avancer de tels arguments ».
Vous avez souhaité que cette interview soit accompagnée d’une photo de vous et de votre compagnon Nicolas, prise pendant la Marche des Fiertés à Paris l’an dernier. Pourquoi?
Depuis deux mois, dans la presse en général et dans certains médias gays en particulier, on ne parle que de ma photo dans le calendrier, que je ne renie pas, mais qui n’est pas l’essence de ce que je suis, de la relation avec mon compagnon. J’avais envie que les internautes de Yagg voient à quoi ressemble le couple du « catcheur » et de son « soigneur ». Et en même temps, dans un endroit qui montre, d’une manière plus claire et sans ambiguïté, ma démarche de visibilité pour les gays – je vais chaque année à la gay pride et on m’y voit avec mon compagnon.
Mais n’est-ce pas laisser croire qu’il y aurait une image respectable des gays et une autre moins respectable? Dans l’interview que vous nous aviez accordée en janvier, vous disiez pourtant que cette image du calendrier n’avait rien de « pornographique »…
Ce qui me frappe, entre l’interview de janvier dernier et aujourd’hui, c’est qu’une bonne partie de la question de mon éventuel renouvellement tourne autour de ce calendrier. Ce qui me gêne dans cette affaire, c’est qu’on confonde ma
démarche personnelle pour la visibilité des gays avec le calendrier. Je suis prêt et tout à fait disposé à utiliser ma qualité professionnelle de président de Radio France pour ce combat. Parce que je crois que lorsque certains voient un parent, un ami, un collègue, un patron, qui est gay, la place des gays dans notre société en est profondément transformée. C’est d’ailleurs exactement ce que dit Harvey Milk dans le film de Gus van Sant. Le problème de la visibilité des gays est fondamental. Je ne pense pas que ce calendrier soit la forme la plus appropriée pour faire avancer cette visibilité. On n’y voit pas que je suis le président de Radio France. Ce calendrier avait un tout autre but: montrer la diversité des personnes tatouées. C’est tout aussi honorable mais cela n’a rien à voir. Ce combat pour la visibilité, je le mène en donnant des interviews à des médias aussi différents que Le Figaro Magazine, Télérama, Le Monde, Têtu ou Yagg. Cette question de la visibilité mérite des mots. Ce n’est pas si évident que ça de faire comprendre à une grande partie de la population – qui pense que d’immenses progrès ont été fait pour une place équitable pour les gays et les lesbiennes dans notre société – qu’il y a encore des progrès à faire. Cette visibilité des gays, c’est le même problème que la place des femmes, des noirs ou des maghrébins dans notre société. Je suis frappé par quelque chose. On parle beaucoup des tenues haute couture de Rachida Dati. Est-ce qu’on parle du fait qu’un homme politique soit habillé par tel ou tel tailleur? C’est une femme, elle est maghrébine, on parle de ses tenues Dior.
Vous allez prochainement être reçu par le président de la République. Allez-vous évoquer avec lui cette question de la visibilité des homos?
Si le Président l’évoque, j’en parlerai. C’est certain. Si j’ai le temps moi-même de l’évoquer, je ne vois pas pourquoi je n’en parlerai pas. S’il me pose la question du calendrier, de la place des gays dans la société, je lui en parlerai. Il y a une chose qui me frappe – on va m’accuser d’être encore lèche-bottes. Pendant la campagne présidentielle, les trois principaux candidats ont donné des interviews à Têtu. Je pense que celui qui est le plus sincère, qui va le plus au fond des choses, c’est le président de la République. L’interview de François Bayrou n’est vraiment pas satisfaisante. Quant à celle de Ségolène Royal, elle est certes la plus avancée politiquement, mais elle a été recueillie par mail. Ce qui veut tout dire. Je ne fais pas acte d’allégeance, mais je ne peux pas penser que le président de la République puisse avancer de tels arguments [NDLR: les critiques que Nicolas Sarkozy auraient tenues à l’égard de Jean-Paul Cluzel, rapportées par Le Canard enchaîné]. Je le crois sincèrement.
Propos recueillis par Yannick Barbe
Photo © Pascal Normand
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