La Baltic Pride de Vilnius gelée dans l’attente d’une décision de justice
Les autorités lituaniennes ont engagé une procédure pour interdire l'événement, pourtant autorisé par le maire de Vilnius, au prétexte que la sécurité des participants ne peut être garantie.
La Baltic Pride, marche des fiertés LGBT des pays baltes, qui doit se tenir samedi prochain à Vilnius en Lituanie, est menacée et gelée en attente d’une décision de justice. En effet, les autorités lituaniennes ont engagé une procédure judiciaire pour interdire l’événement, qui avait pourtant été autorisé par le maire de Vilnius, sous prétexte que la sécurité des participants ne pourrait être garantie. Les autorités, dont Raimondas Petrauskas, procureur général, et Stanislovas Buškevičius, membre du conseil municipal de Kaunas, ont affirmé qu’elles auraient connaissance de l’intention de nombreux groupes extrémistes de s’opposer violemment aux manifestants.
La cour devait rendre aujourd’hui sa décision sur une éventuelle annulation de cette marche, mais au lieu d’autoriser la marche ou de l’interdire, le juge a simplement décidé de suspendre l’événement. L’autorisation de la Baltic Pride se retrouve gelée en attendant une nouvelle décision de justice. Ce qui revient à l’interdire si le juge ne rend pas sa décision avant samedi. Les associations ont cet après-midi fait appel de cette décision de suspension.
SUSPENDRE = INTERDIRE?
« Il s’agit bien d’une suspension, pas encore tout à fait d’une interdiction », nous a expliqué Juris Lavrikovs, porte-parole de l’Ilga-Europe, sauf que dans le cadre de cette suspension, le juge n’est pas tenu de donner sa décision rapidement. Il pourrait par exemple la donner dans trois ou quatre semaines. La Baltic Pride est censée se tenir dans trois jours et rien n’oblige légalement le juge à donner sa décision définitive avant la tenue de la marche. Du coup, si samedi le juge n’a toujours pas rendu sa décision, alors il ne s’agira plus d’une suspension mais bel et bien d’une interdiction, puisque personne ne sera autorisé à défiler. »
« C’est pour cette raison que les associations ont fait appel de la décision du juge, en espérant que la décision d’appel puisse tomber plus rapidement, et pas le mois prochain, lorsqu’il sera trop tard. Nous espérons vraiment que le juge tiendra compte de l’importance de cet événement et de son impact international. »
MAINTENIR L’ORDRE PUBLIC
« Je n’ai qu’un intérêt: maintenir l’ordre public, assure le procureur qui réclame l’interdiction. S’il y a des menaces sur des personnes et sur la sécurité publique, l’autorisation ne doit pas être rendue. (…) Nous avons des raisons de penser que l’État ne sera pas en mesure de proposer la protection nécessaire aux participants ». Pour sa part, Stanislovas Buskevicius ajoute plus honnêtement qu’il considère que cette marche « offenserait les valeurs chères à la Lituanie: la décence, la fidélité, la fertilité, la dignité humaine… ».
Selon les organisateurs, le procureur général serait tout simplement « en train d’abuser de son pouvoir pour exercer des pressions illégales ».
UN « DÉJÀ VU »…
Une situation presque similaire à celle de la Baltic Pride de 2009. En effet, l’année dernière, la Baltic Pride s’était tenue à Riga, en Lettonie, et avait également connue son lot de complications. Autorisée, puis interdite, elle avait finalement été ré-autorisée et s’était tenue à Vermanes Parks. Le lendemain de l’événement, dans un communiqué, l’Ilga-Europe se disait satisfaite du travail de la police pour assurer la sécurité des participants mais s’inquiétait cependant de la haine et de l’homophobie extrême qui s’était exprimées autour de la marche.
ENTRE DROIT FONDAMENTAL ET RESPECT DES ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX
Amnesty International, l’Ilga-Europe et l’Intergroupe sur les droits LGBT du Parlement européen appelaient hier, dans un communiqué commun, les autorités lituaniennes à respecter le droit humain fondamental à se rassembler pacifiquement et à assurer aux personnes LGBT une protection adéquate et efficace pour l’exercice de ce droit.
Les trois associations rappellent que l’article 36 de la Constitution lituanienne établit que « les citoyens ne peuvent se voir interdire ou empêcher de se réunir sans armes dans des assemblées pacifiques » et que « la liberté de réunion est un droit fondamental garanti par les principaux instruments internationaux et européens relatifs aux droits humains que la Lituanie a ratifiés, notamment l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme ».
Le communiqué souligne également qu’en mars 2010, le gouvernement lituanien a approuvé les recommandations du Conseil de l’Europe sur les mesures pour combattre les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.
« Il y a moins d’une semaine, le 29 avril 2010, la résolution de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe sur la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre demandait aux États membres du Conseil de l’Europe « d’assurer le respect des droits fondamentaux des personnes LGBT, notamment la liberté d’expression, de réunion et d’association, conformément aux normes internationales en matière de droits de l’homme » », ajoutent les associations.
MAUVAISE VOLONTÉ ÉVIDENTE
Déjà, en janvier dernier, la Lituanie s’était distinguée par sa mauvaise volonté à organiser cette Baltic Pride en proposant de faire passer la marche sur un cimetière juif. En effet après avoir refusé systématiquement les parcours proposés par les associations, la municipalité de Vilnius n’avait été en mesure de proposer qu’un lieu de passage entre deux rues, avec un rassemblement près du palais des sports, c’est-à-dire sur un cimetière juif historique.
« Nous en appelons aux autorités lituaniennes pour qu’elles défendent les valeurs démocratiques et les droits humains, déclarait hier Évelyne Paradis, directrice exécutive de l’Ilga-Europe. Elles ne peuvent pas se permettre d’abdiquer face au chantage des menaces et des opinions divergentes et de sacrifier les libertés fondamentales garanties tant par les lois lituaniennes que par les obligations émanant des normes internationales relatives aux droits humains. Il est de leur devoir de garantir la liberté pour les citoyens d’exprimer leurs opinions et de les protéger efficacement contre les intimidations et les personnes qui ne partagent pas ces opinions. »
LE PARLEMENT EUROPÉEN MENACE LA LITUANIE
Ulrike Lunacek et Michael Cashman, membres du Parlement européen, ont également rapidement réagi: « Les autorités lituaniennes doivent se montrer très prudentes dans leur examen de la requête du procureur général. Elles doivent garder à l’esprit les traités internationaux contraignants qu’elles ont signés, notamment la Charte européenne des droits de l’Homme et la Convention européenne des droits de l’Homme. En vertu de ces textes, elles sont légalement tenues de protéger la liberté de réunion de leurs citoyens, et la sécurité des manifestants, que cela leur plaise ou non. Le Parlement européen réagira rapidement et résolument si la Lituanie interdit une marche de la fierté homosexuelle – et nous veillerons à ce que la Commission européenne le suive. »
« TRIOMPHE DE LA VIOLENCE ET DÉFAITE DES DROITS HUMAINS »
« Toute décision d’interdiction de la Baltic Pride ferait triompher les préjugés et serait une victoire pour ceux qui sont prêts à user de violence afin d’imposer leurs points de vue, conclut John Dalhuisen, spécialiste des questions de discrimination pour Amnesty International. Cela constituerait une immense défaite pour les droits humains et l’état de droit. Amnesty International engage les autorités lituaniennes à honorer leurs obligations et à respecter les droits fondamentaux de tous leurs citoyens. »
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