Pologne: Percée arc-en-ciel aux dernières législatives

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La Pologne a désormais une députée trans', Anna Grodzka, et un député gay, Robert Biedroń, tous deux élus sur les listes du parti de Janusz Palikot.

Feu le président polonais Lech Kaczynski, connu pour être le dirigeant européen le plus fermement opposé à l’avancée des droits des homos et des trans’ en Europe jusqu’à sa mort dans un accident d’avion en 2010, doit s’en retourner dans sa tombe. Le parti conservateur de son frère Jaroslaw a été nettement devancé par la formation du Premier ministre sortant Donald Tusk, pro-européen et issu de la droite libérale, lors des législatives de dimanche dernier.

ANNA GRODZKA, PREMIÈRE TRANS’ À SIÉGER AU PARLEMENT
Mais la surprise est venue d’un petit nouveau sur la scène politique polonaise, le Mouvement de Palikot (RP), parti de gauche anticlérical, qui porte le nom de son fondateur, Janusz Palikot. Conformément à ce que prévoyaient les sondages, son parti a obtenu près de 10% des voix, une première dans une Pologne où l’Église catholique conserve une grande influence.

Sur sa liste présentée par le Mouvement de Palikot à Cracovie, ancien fief du pape Jean Paul II, figurait la présidente de la fondation Trans-Fuzja, Anna Grodzka, 57 ans. Très émue, celle qui devient la première députée trans’ de Pologne a raconté avoir répondu au prénom masculin de Ryszard jusqu’à ses 12 ans, âge où elle décide de se donner «intimement» le prénom féminin d’Ania.

«Je me suis ensuite engagée dans une vie de couple traditionnelle. Dans ce mariage, j’ai été le père d’un fils qui est déjà adulte». Mais «il y a 20 ans, j’ai été diagnostiquée comme étant une femme et on m’a proposé de changer de sexe», explique-t-elle.

Autre vainqueur de ce scrutin détonnant: le militant gay Robert Biedroń, de la principale association LGBT polonaise, Campagne Contre l’Homophobie (KPH), élu à Gdynia, sur la côte sud de la mer Baltique, également membre de Palikot. Fervent défenseur de la cause LGBT et de la lutte contre l’homophobie, Robert Biedroń est le premier député ouvertement gay du pays. Il avait déjà brigué un mandat de député en 2005 en tant que membre de l’Alliance de la gauche démocratique de Pologne mais avait échoué à se faire élire.

«Aujourd’hui, la Pologne vit des changements. La preuve c’est moi, ainsi que Robert Biedroń», a commenté Anna Grodzka.

«ÇA SUFFIT QU’ON NOUS DISE COMMENT VIVRE, COMMENT S’AIMER»
Le patron de leur formation politique se frotte les mains. À 46 ans, Janusz Palikot, entrepreneur multi-millionnaire, qui a fait fortune dans le commerce de vodka et de vins importés, est devenu la nouvelle coqueluche politique des Polonais. Prônant l’égalité des droits entre homos et hétéros depuis plusieurs années, il est connu pour ses campagnes médiatiques percutantes et efficaces.

À peine élu en 2007 avec le soutien du parti de Donald Tusk (qu’il a quitté en 2010, le jugeant trop frileux sur les questions de société), il apparaît à une conférence de presse vêtu d’un tee-shirt «Je suis un gay». Quelques jours plus tard, il brandit un pistolet et un godemichet pour dénoncer une affaire d’agression sexuelle commise par un policier.

«Ça suffit qu’on nous dise comment vivre, comment s’aimer, combien d’enfants avoir et avec qui. Nous en avons assez de voir des hommes vêtus de noir décider qui peut avoir des enfants, (…) pour qui il faut voter et qui est Polonais ou ne l’est pas», a-t-il déclaré dans sa profession de foi.

Outre l’ouverture du mariage pour les couples homos et la possibilité d’adopter l’enfant biologique du conjoint, son mouvement milite en faveur de la libéralisation de l’avortement (actuellement interdit en Pologne) et de la fécondation in vitro gratuite. Il prône également l’abandon du financement de l’Église par l’État, l’introduction d’un impôt sur la religion payé par les citoyens et la suppression des cours de catéchisme dans les écoles publiques. De quoi donner des suées à l’Église catholique.

Photos DR / Zboralski / Radek Oliwa