«Coming in: la politique des garçons très discrets», par Gwen Fauchois
«Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’Inter-LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir», s'étonne la militante.
Où sont passés les représentants du mouvement gay? Pour quel mouvement d’ailleurs? Quelle action? Quelle parole? Quelle dynamique? Quelle présence?
Tandis que le long processus d’adoption du mariage des couples de même sexe ressemble de plus en plus à un jour sans fin cauchemardesque, gays et lesbiennes subissent de plein fouet la violence du débat sans même le filtre du support communautaire. Chacun et chacune livré-e à sa propre capacité à encaisser, à riposter ou à la solitude.
Individuellement ou par petits groupes, sur les réseaux sociaux, les uns et les autres se mobilisent, tentent de s’organiser et fort heureusement de nouvelles solidarités s’inventent. La base s’active, échange, riposte. Fait preuve d’inventivité. De ressources individuelles inestimables.
Dispersée cependant, elle peine à exister face à une opposition restreinte mais dangereusement structurée. Disposant de moyens considérables, celle-ci occupe tous les terrains: les médias, la rue, les murs. Allant jusqu’à emprunter au mouvement gay ses modes d’actions.
Face à cette omniprésente visibilité, cet activisme de tous les instants, que nous répond l’Inter-LGBT? Elle refuse l’instrumentalisation du débat, exprime son malaise (son impuissance, son incompétence?) et prépare la gay pride! D’ici là, débrouillez-vous!
Non contente de s’être laissée enfermer dans une stratégie monolithique et minimaliste (un objectif le droit de la famille, un champ d’action le législatif, un leitmotiv l’égalité), elle ne parvient pas à imposer sa parole, ni même un agenda et renvoie les gays à l’invisible du silence.
Pire, elle se voit contrainte de revoir ses ambitions à la baisse au gré des frileuses volte-face du gouvernement, mais n’en continue pas moins de s’enferrer, comme si de rien n’était, dans sa politique pusillanime.
L’Inter-LGBT semble se satisfaire à demi mot de l’adoption d’une loi minimale sur le mariage des couples de même sexe. Une loi qui ne respecte même pas les droits des trans’. Une loi qui n’ouvrira pas le droit à la PMA pour les couples de lesbiennes. PMA que le Président de la République en personne ne cesse d’essayer d’enterrer.
Ce faisant, il dément de facto toute inscription de la loi sur le mariage dans le principe d’égalité.
Cet échec devrait démontrer à nos associations qu’elles ne peuvent étayer nos luttes sur le seul argument de l’égalité, aussi utile et légitime soit-il.
Alors réaction, colère de l’Inter-LGBT? Non, silence! Tire-t-elle des enseignements de ces signaux? Non plus. Tout juste communique-t-elle d’un faible communiqué de presse, son trouble et sa volonté de pédagogie ou annonce-t-elle, imperturbable, le mot d’ordre de la prochaine marche des fiertés: «LGBT: allons au bout de l’égalité».
Quand elle devrait être à la pointe de la mobilisation, l’entraîner ou à tout le moins lui donner les moyens de s’exprimer, l’Inter-LGBT donne de plus en plus l’impression de la suivre, voire de la subir. Comme si elle avait intégré l’idée que le regain d’homophobie et l’abandon de toute autre revendication étaient le prix à payer pour obtenir le mariage.
Elle oublie que sans expression, nous n’existons pas. Et que laisser nos adversaires regagner du terrain dans la bataille idéologique et culturelle pourrait laisser des traces douloureuses mais aussi durables.
Nombre de gays et de lesbiennes ne se battent pour l’ouverture du mariage qu’en raison de la charge symbolique d’une telle loi et par solidarité avec ceux qui en ont besoin pour sécuriser leurs familles.
Or une égalité juridique qui ne serait pas assortie d’un travail sur les mentalités ne profiterait qu’à une minorité de privilégiés. Si ne peuvent se marier que ceux qui n’ont rien à craindre d’une homophobie qui n’a plus de honte à se manifester, est-ce vraiment le mariage pour tous?
Gwen Fauchois, journaliste de 1997 à 2001, responsable de la communication d’Act Up-Paris de 1994 à 1997
Ce texte a été publié sur le blog de Gwen Fauchois.
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