Collectif contre les LGBTphobies à l’école: «Les grandes mesures ne pourront se faire qu’à la rentrée 2014»

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Le Collectif a étroitement collaboré avec Michel Teychenné dans l'élaboration de son rapport sur la lutte contre l'homophobie et la transphobie à l'école remis au ministre de l'Éducation nationale. Interview de Natacha Taurisson, sa coordinatrice.

Depuis dix ans, le Collectif contre les LGBTphobies à l’école rassemble une dizaine d’organisations syndicales et associatives qui jouent un rôle de premier plan dans le domaine éducatif. En sont membres la FCPE, la Fep-CFDT, la Ferc-CGT, la FSU, la Sgen-CFDT, l’UNEF, la FIDL, et l’UNL. Le Collectif a étroitement collaboré avec Michel Teychenné dans l’élaboration de son rapport sur la lutte contre l’homophobie et la transphobie à l’école remis à Vincent Peillon, ministre de l’Éducation nationale. Yagg a posé quelques questions à Natacha Taurisson, coordinatrice du Collectif.

Comment avez-vous procédé à l’élaboration des propositions dont beaucoup ont été reprises par Michel Teychenné dans son rapport? En 2009, nous avions travaillé à l’élaboration d’une plateforme revendicative. Nous voulions qu’elle soit prête pour la journée du 17 mai 2012 et l’officialiser en même temps. En plus de la proximité avec l’élection présidentielle, cette date permettait d’être plus facilement dans les médias. Il s’agissait d’un cahier de doléances, contenant des propositions et des revendications sur le milieu scolaire et l’enseignement supérieur. Nous avions déjà rencontré Michel Teychenné pendant la campagne électorale [il était alors chargé des questions sur l’égalité des droits des personnes LGBT, ndlr] et nous avions eu une réunion où nous lui avions fait part de nombreuses propositions. Quand il a été nommé pour la rédaction d’un rapport sur les LGBTphobies en milieu scolaire, nous avions pile ce qu’il fallait sous la main pour faire des suggestions. Les événements politiques – le changement de gouvernement et la mission Teychenné – ont favorisé nos revendications. C’était un bon timing pour faire évoluer ces questions à l’école.

Vous préférez le terme de LGBTphobies à celui, plus répandu, d’homophobie. Pourquoi? On parle partout des L et des G, les lesbiennes et les gays, de l’orientation sexuelle et de l’homophobie. Mais quand la question de l’identité de genre a commencé à apparaître, il a été très difficile de la faire émerger et de la faire comprendre. Aujourd’hui, les T, les personnes trans’, ont plus de visibilité. Mais je refuse le terme d’homophobie au sens large. L’identité de genre, c’est autre chose que la sexualité.

Elle est pourtant abordée d’un même élan avec l’orientation sexuelle dans vos propositions. Les discriminations et les phobies liées à ces deux questions ont les mêmes mécanismes et on utilise les mêmes moyens pour les combattre. Il y a d’ailleurs une confusion puisqu’on utilise des insultes sur l’identité de genre pour «casser» des personnes au sujet de leur orientation sexuelle. On peut distinguer les deux questions, par exemple dans l’accompagnement des jeunes en transition ou en question sur leur identité de genre, où c’est exclusivement de la lutte contre la transphobie, pas contre l’homophobie. Mais ce que nous voulons surtout, c’est une éducation à la sexualité et au genre, pour que l’on montre qu’il n’y a pas qu’une seule sexualité, tout comme il y a plusieurs genres, et qu’il y a une palette très large qui ne s’arrête pas à homme-femme et à masculin-féminin.

Des mesures retenues dans le rapport Teychenné, lesquelles vous semblent les plus urgentes à mettre en œuvre? Nous n’avons pas pu interroger Vincent Peillon sur le calendrier mais s’ils mettent en place un groupe de travail, ce sera déjà un bon début. Il faut une commission pérenne où tous les partenaires et acteurs du terrain mettront en œuvre les préconisations du rapport. Il est trop tard pour la rentrée 2013 et les grandes mesures ne pourront se faire qu’à la rentrée d’après. La formation des personnels ne peut pas avoir lieu tout de suite par exemple, car cela suppose de former et de recruter. Or, il n’y aura pas les effectifs nécessaires avant au moins un an. En revanche, les campagnes de sensibilisation doivent arriver dès le premier trimestre pour que les équipes pédagogiques puissent s’en servir et les traiter. On part quasiment de zéro et il faudra d’abord réfléchir à la façon de prendre en charge et d’assurer le suivi de ces questions. Le débat sur le mariage a traversé les partis, les syndicats, la société et les êtres humains. C’est toute une société qu’il faut transformer et éduquer. J’ai un adage qui dit: «Apprendre pour comprendre». Quand on forme des gens, ils arrivent avec pas grand-chose et une fois formés, ils repartent en ayant compris, en étant plus humanisés.

Photo JLPC

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