Russie: Vers la fermeture de Deti 404, association d’aide aux jeunes LGBT?
Harcelée par la Justice en vertu de la loi interdisant la «propagande homosexuelle», l'association, qui vient de voir son compte sur le plus important réseau social russe être bloqué, pourrait bientôt ne plus du tout pouvoir agir en Russie.
La décision du tribunal de Saint-Pétersbourg de bloquer le compte de l’association Deti 404 («enfants 404») sur le plus important réseau social russe n’est pas une surprise. Depuis plusieurs fois, l’association et sa dirigeante, Elena Klimova, étaient dans le viseur de la Justice, accusées de violer les lois contre la «propagande homosexuelle». La fondatrice de l’association avait été condamnée en janvier dernier à une amende de 50000 roubles (environ 680 euros), et avait fait appel. Cette condamnation a été infirmée le 25 mars par un tribunal de Nizhny Tagil, où vit Elena Klimova, pour des raisons de procédure, selon Buzzfeed. Le même jour, un dossier séparé (mais toujours à l’initiative de la Jeune Garde, une organisation pro-pouvoir) était examiné par la cour de Saint-Pétersbourg, qui a donc décidé de bloquer le profil sur VKontakte. Cette décision s’appuie sur la condamnation de janvier, qui devait pourtant être annulée un peu plus tard, souligne Buzzfeed.
Elena Klimova et les avocat.e.s de l’association ont découvert que le jugement avait été rendu en se rendant à l’audience prévue le 6 avril. À leur arrivée au tribunal, un procureur leur a annoncé que la date avait été avancée.
«À l’évidence, nous serons bientôt fermés sur le territoire de la Fédération russe», a commenté Elena Klimova sur VKontakte et sur son blog.
Montée en mars 2013, l’association Deti 404 a pour objet d’aider les jeunes LGBT, particulièrement vulnérables face à l’homophobie ambiante. Des pages sur les réseaux Facebook et VKontakte ont été lancées rassemblant de nombreuses photos d’adolescent.e.s russes LGBT cachant leur visage derrière les mots «Deti 404», une manière de dénoncer l’invisibilisation des ces adolescent.e.s, et aussi de partager leurs expériences et leurs difficultés pour rompre leur isolement. Le nom de l’association a été choisi en référence à la page d’erreur 404 qui s’affiche lorsque l’on tombe sur une page introuvable sur Internet.
«La loi anti-“propagande homosexuelle” est fondamentalement discriminatoire et viole la liberté d’expression, s’inquiétait Tanya Cooper, spécialiste de la Russie pour l’organisation Human Rights Watch (HRW), avant la décision de justice. (…) Les poursuites judiciaires répétées à l’encontre de Deti 404 et de Klimova montrent clairement que les autorités utilisent la loi sur la “propagande homo” pour la harceler et faire taire Deti 404.
«Klimova, comme de nombreux/ses autres activistes des droits humains en Russie, se retrouve bloquée dans une bataille juridique avec l’État au lieu de consacrer son énergie à aider des enfants LGBT à avoir accès à des informations, à la justice, et à l’égalité.»
L’arrêt rendu par le tribunal de Saint-Pétersbourg laisse le champ libre à l’autorité de surveillance des médias Roskomnadzor pour mettre le site sur liste noire.
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