À Mexico, l'attaquante et conseillère municipale trans Noemi Arzate va droit au but
A Mexico, Noemi Arzate est l'attaquante vedette du plus ancien championnat LGBT+ de football au monde... et une infatigable défenseuse des droits humains. Portrait.
La conseillère municipale tient une épicerie à son nom. Mais elle est aussi vice-championne du monde de football, mère de famille et danseuse de salsa star des sonideros, ces énormes sound systems qui rythment les fêtes des quartiers populaires de Mexico.
À Mexico, Noemi Arzate est l’attaquante vedette du plus ancien championnat LGBT+ de football au monde… et une infatigable défenseuse des droits humains. Portrait.
À 35 ans, Noemi Arzate est une femme qui revendique sa transidentité et une avant-centre redoutable, militante inlassable des droits LGBT+ sur tous les terrains… dont celui sur lequel elle a enfin réussi à faire poser une pelouse synthétique l’an dernier. « Regardez, là, on a accroché des plaques à la mémoire des athlètes gays et trans qui sont morts ces dernières années », nous explique-t-elle en montrant six cadres métalliques accrochés sur un long pan de mur peint aux couleurs de la bannière arc-en-ciel.
Au cœur du quartier d’Azcapotzalco, l’un des arrondissements les plus peuplés et les plus pauvres de la mégalopole, encadré de lignes blanches le long des parois à la peinture fraîche, délimité par deux buts que se disputent chaque dimanche seize équipes de football uniquement composées de joueuses et joueurs LGBT+, le terrain de « futbol rapido » El Barril est un havre pour lequel Noemi se bat depuis douze ans, lorsqu’elle y a créé le premier championnat 100% LGBT+ de la planète.
« Personne ne nous acceptait, se remémore-t-elle en troquant ses ballerines pour des crampons, appuyée contre sa voiture, garée en double-file au bord de la quatre-voies longeant le petit stade Les championnats des hommes ne nous laissaient pas jouer, les compétitions féminines non plus. Et beaucoup de joueurs homosexuels qui jouaient dans des équipes hétéros ont été humiliés, frappés, violentés… donc il fallait qu’on se fasse notre propre espace pour pouvoir nous divertir en toute sécurité. »
Des membres d’une des équipes dirigées par Noemi Arzate – Jeoffrey Guillemard pour Komitid
Il est 13h et le soleil tape violemment sur le rond central. Une équipe aux tuniques turquoises frappées d’un motif représentant le calendrier maya et ornées de l’arc-en-ciel sur les flancs affronte cinq autres joueurs vêtus, eux, de tenues complètes du Paris Saint-Germain. Derrière le grillage qui empêche le ballon de filer sur la route, un stand de confiseries et de boissons fraîches s’est mis en place, espérant bien profiter de la foule rassemblée par le tournoi. La « Ligue de la diversité » rassemble chaque semaine plus de 200 compétiteurs venus de toute la capitale.
« Au-début, les voisins refusaient de leur rendre le ballon lorsqu’il sortait du terrain, par dessus les murs. Ou alors ils coupaient l’électricité à la nuit tombante pour les empêcher de jouer… ». Dans son bureau avec fenêtre donnant directement sur le gazon, Martin Olguin soupire aujourd’hui… de fierté. Directeur du complexe sportif, casquette vissée sur son visage buriné, l’entraîneur quinquagénaire avoue qu’il n’imaginait pas, en rencontrant Noemi Arzate il y a plus d’une décennie, que la « Ligue de la diversité » aurait un tel succès.
« De toutes les équipes de Mexico, toutes orientations sexuelles confondues, nous sommes aujourd’hui celles qui représentent le plus notre pays à l’international ! »
Au Mexique, vivre sa sexualité en toute liberté est plus risqué qu’ailleurs. Le pays occupe le second rang mondial pour les crimes LGBTphobes, derrière le Brésil. Bien que 19 des 32 États de la fédération y ont désormais légalisé le mariage entre personnes de même sexe, signe d’avancées indéniables, la société mexicaine reste imprégnée de machisme.
« C’est une guerre constante pour nous, mais le sport nous donne de la visibilité, il nous aide dans tous les autres aspects de notre vie, affirme Noemi. Elle ajoute non sans fierté : Et de toutes les équipes de Mexico, toutes orientations sexuelles confondues, nous sommes aujourd’hui celles qui représentent le plus notre pays à l’international ! » Avec sa sélection de joueuses et joueurs issus de son championnat, Noemi Arzate revient ainsi tout juste de Las Vegas, où elle a disputé une coupe internationale de plus.
Dans la chambre de Noemi, la médaille gagnée aux Gay Games à Paris en 2018 – Jeoffrey Guillemard pour Komitid
Chez elle, dans sa chambre, la médaille d’argent des Gay Games de 2018 à Paris est suspendue au bord du miroir, comme pour être revue chaque matin afin de se rendre compte du chemin parcouru et des dangers qu’elle a fini par surmonter. « J’ai grandi dans une famille de sept frères et une seule sœur. Depuis toute petite, je ne m’intéresse qu’aux activités “ de fille ”. Je me suis toujours sentie femme, même contre mes propres frères et mon père. » Mais devant les insultes et les brutalités du quartier, la famille de Noemi finit par faire corps autour d’elle à l’adolescence.
« Mon grand frère, Gustavo, qui est très respecté dans le quartier, faisait taire ceux qui se moquaient de moi et me protégeait… tout en me demandant, à part, de me maquiller un peu moins, sourit-elle. Mon père, lui, a eu plus de mal à l’accepter, mais il a fini par me dire un jour que pour lui, le paysan originaire des montagnes du Guerrero (Etat rural du Sud-ouest du Mexique, ndlr), le maïs a beau se révéler jaune, rouge ou bleu lorsque l’épi s’ouvre à sa maturité, la saveur est la même, et le maïs reste du maïs. »
Il y a 16 ans, Oscar, son compagnon, est tombé amoureux de Noemi lors d’un bal où elle dansait. Tout d’abord timide, il réussit à séduire Noemi, avec qui il élève aujourd’hui à plein temps les deux enfants aînés de la sœur de cette dernière : Michael, 15 ans, et Britany, 13 ans. Oscar et Noemi travaillent tous deux au sein du Département des Droits humains de la nouvelle municipalité de gauche d’Azcapotzalco, entrée en fonction l’an dernier.
« C’est ça notre recette, l’information. Les gens ignorent tout ou presque des questions LGBT. »
« J’avais organisé un match amical et festif au stade et le candidat de Morena (le parti de l’actuel président du Mexique, Andrés Manuel Lopez Opbrador, ndlr) était venu et avait été très impressionné par la foule qu’on avait rassemblé : plus de 850 personnes ! », se souvient Noemi Arzate. Il m’avait alors demandé de m’engager avec lui. » Pas dupe de l’intérêt électoral de l’homme politique, Noemi accepte en exigeant que le stade d’El Barril, alors de béton brut, soit revêtu d’une pelouse et rénové.
Elle trouve aussi un nouvel écho pour son combat. « Cette année, on a aidé à sept changements de genre, on a pu accompagner les femmes de la manière la plus adéquate possible. On a célébré des mariages de gays, tenu de nombreuses réunions de sensibilisation contre l’intolérance… C’est ça notre recette, l’information. Les gens ignorent tout ou presque des questions LGBT. »
À 15 heures, le match de Noemi, un peu gênée par une douleur au genou, se termine par des accolades. Malgré la défaite, la présidente de la « Ligue de la diversité » pense, en souriant, à la prochaine fois.
Cet article a été rédigé avant le confinement.
- La détresse de personnes LGBT+ après l'élection de Donald Trump
- Ciblé pour ses positions pro-LGBT+, Disney signe un accord avec la Floride
- Joe Biden critique les républicains pour l'interdiction de drapeaux LGBT sur les ambassades
- Le drapeau LGBT devrait bientôt être interdit sur les ambassades américaines
- Biden déplore la mort d'un•e adolescent•e non-binaire qui voulait « juste être accepté•e »