Artistes en exil (1/3) - Maral Bolouri : « Ai-je le droit de parler d’environnement ou de faire de l’art abstrait ? »

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Interroger le langage, ce qu’il contient d’assignations et de limites : voilà l’un des fils rouges du travail de Maral Bolouri. Rencontrée à l’Atelier des artistes en exil, celle qui est née en Iran raconte l’injonction violente à « assumer une identité », dans son parcours artistique comme migratoire. Face à cela, elle explore de nouvelles voies, artistiques et émancipatrices, pour affirmer les existences queer. 

Portrait de l'artiste Maral Bolouri dans son studio a l'atelier des artistes en exil Teresa Suarez
Portrait de l'artiste Maral Bolouri dans son studio à l'atelier des artistes en exil / Teresa Suárez
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Dans l’atelier, des rais de lumière zèbrent les photographies en noir et blanc accrochées au mur. Maral Bolouri attrape l’une d’elles, tout juste dénichée dans un marché aux puces, pour y apposer des touches de couleurs, et un tourbillon de lettres dorées.

Dans son nouveau projet, « Un-mothering », l’artiste iranienne de 38 ans interroge le lien mère-fille, prisonnier des attentes patriarcales et binaires. « J’utilise ces photos pour créer une conversation là où il n’y avait pas d’espace pour la parole », glisse-t-elle. « Comme à chaque fois que l’on se heurte à un mur dans une relation... »

Maral Bolouri captive par sa voix calme, et le soin qu’elle prend à soupeser chacun de ses mots. Sans doute parce que le langage, ses limites et son pouvoir, est au cœur de son travail. 

En juin dernier, l’artiste a peint et déployé un rainbow flag devant l’ambassade d’Iran à Paris. Sa performance, filmée et présentée lors de l’exposition Déflagrations de l’Atelier des artistes en exil, s’appelle « We are here ». Une référence au slogan des manifs LGBT « We're here, we're queer ». Mais surtout, une manière d’affronter « l’espace discursif inexistant » en Iran pour dire la queerness, « à cause de tellement de restrictions ». Dans ce pays où elle est née en 1982, il demeure aujourd’hui « un système mis en place pour maintenir les normes de l’hétérosexualité obligatoire » compulsory heterosexuality », un concept développé par la féministe américaine Adrienne Rich, ndlr).

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