Mad Prides 2/2 : l’héritage des « survivants de la psychiatrie » au croisement des luttes queer françaises

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Malgré leurs origines, les Mad Prides françaises peinent à conserver l’esprit initial des luttes anglophones. Sur internet, les échanges entre personnes queers et psychiatrisé.e.s font revivre l’héritage des « psychiatric survivors ».

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Vingt ans après le premier Psychiatric Survivors’ Pride Day à Toronto, la France organise sa première marche directement intitulée Mad Pride en 2014 à Paris. Cependant, des organisations de patient.es en France restent critiques sur la portée politique de ces manifestations. En parallèle, les échanges sur les réseaux sociaux et les liens encore plus étroits entre personnes queer et handicapées ont fait émerger de nouveaux discours et une réappropriation de l’héritage des Mad Prides anglophones.

Fierté française 

En France, le modèle des associations de patients et de leurs représentants, né dans les années 70 dans les pays anglophones, est entériné grâce à la loi Kouchner en 2002 après notamment les combats des militant.e.s de la lutte contre le sida dans les années 80 et 90. Elle permet la création des Commissions des relations avec les usagers et la qualité de la prise en charge dans les établissements de santé, devenues les Commissions des usagers en 2016. Ces commissions veillent au respect des droits des patients, et font remonter leurs réclamations.

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  • sant69

    Je bosse comme infirmier en santé mentale (hôpital public) depuis plus de 20 ans. En tant que gay, je sais l’homophobie latente qu’on peut y trouver. Pour autant, au regard de mon expérience, j’aimerais apporter un point de vue personnel.

    A la lecture des 2 articles, les choses semblent figées dans une époque bien sombre. Oui, il existe encore des personnels pour lesquels être LGBTQi relèverait d’un trouble mental. Oui, on note encore chez certains personnels de la gêne, de l’évitement, du déni ou de l’agressivité plus ou moins déguisée à l’égard de ce public. Oui, certains personnels se considèrent en position haute face à des personnes souffrant et/ou en placement sous contrainte.

    On pourrait penser que les unités de psychiatrie ne seraient que des zones de non droit pour les patient.e.s et où les soignant.e.s seraient essentiellement dans la maltraitance… Oui, il y a une forme de maltraitance à ôter les biens d’une personne, à entraver sa liberté de mouvement… Mais, il y a aussi la clinique d’un patient en crise, qui peut se faire mal ou faire mal à autrui. L’isolement n’est pas un choix plaisant et la contrainte subie par les patient.e.s est aussi une difficulté supplémentaire pour les soignant.e.s (considéré.e.s alors comme persécuteurs/trices) à tisser une relation de confiance.
    Sont cités des témoignages, sur les réseaux sociaux, de personnes victimes de maltraitance de la part de certains soignants, c’est important de le faire. Il y a aussi beaucoup de bons retours, des personnes pour lesquels le passage en unité de psychiatrie sauve la vie ou l’a rend moins douloureuse.

    Des choses sont à améliorer, à revoir, toujours car l’institution est par nature oppressive. L’organisation des soins est beaucoup pensée au regard de la logistique qui peut prendre le pas sur les réels besoins du patient (les repas servis à 18H30 le soir en sont un exemple flagrant). Au fil des ans, dans les services de psychiatrie, j’ai vu comment la commission des Usagers, les certifications, l’arrivée des médiateurs de santé pair aidant, les programmes d’éducation thérapeutique, l’accompagnement en ambulatoire ramènent le patient comme acteur de sa santé dans une relation plus symétrique avec les soignants. Les mentalités évoluent aussi avec une nouvelle génération de soignants plus en phase avec les thèmes sociétaux (en bien comme en mal d’ailleurs). Mais, pour avoir travaillé dans différents hôpitaux, j’ai aussi conscience de la disparité des prises en charge, des moyens, et de comment la « mentalité » ambiante peut altérer la relation soignant-soigné.

    Je me permettrai aussi juste de rappeler que bien trop souvent, les personnes souffrant de troubles mentaux sont très souvent isolées, abandonnées par leur entourage. Pour ces personnes, les hospitaliers (soignants, travailleurs sociaux…) sont les uniques interlocuteurs. Et pour l’avoir malheureusement vécu à plusieurs reprises, dont deux fois cette année, ces personnels sont aussi les seuls « proches » présents à leur enterrement.

    Enfin pour revenir au public évoqué dans l’article, mon expérience en psychiatrie m’a montré que les thématiques du genre ou de la sexualité en général sont relativement peu abordées. Quand cela concerne un public LGBTQiA+, c’est souvent le désert ou pire, le genre ou le fait d’être LGBTQiA peut devenir un symptôme. Il y a effectivement un vrai combat à mener.

    Alors OUI à la madpride, OUI aux droits des patient.e.s quels qu’ils/soient, OUI à la dénonciation et à la condamnation judiciaire des abus, mais OUI aussi à l’engagement des soignants respectueux.