Mariage pour tous: Les associations célèbrent l’anniversaire de la loi Taubira dans l’amertume
Droits des trans', PMA, reconnaissance des enfants, don du sang… Les revendications restent nombreuses.
[mise à jour, 14h42] Ajout de l’Inter-LGBT.
Il y a deux ans, le 23 avril 2013, l’Assemblée nationale adoptait définitivement la loi Taubira ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. La promulgation aurait lieu près d’un mois plus tard, à la date symbolique du 17 mai, mais le 23 avril est déjà un anniversaire. 17500 couples de même sexe se sont mariés entre mai 2013 et la fin de l’année 2014, selon les chiffres de l’Insee (lire Grâce au mariage pour tous, il y a eu plus d’unions en 2014 qu’en 2013). Les premiers divorces commencent à arriver, parfois au sein de couples de longue date mais fraîchement mariés, comme le souligne Le Parisien.
Certain.e.s ont choisi de s’amuser de ce que, contrairement à ce qu’avaient prédit les opposant.e.s au texte, et en particulier la «Manif pour tous», l’apocalypse n’a pas encore touché la France. Ainsi, Homosexualités et Socialisme, l’association des «socialistes lesbiennes, gais, bis et trans»:
Le ton est plus amer chez les autres associations. Le communiqué de l’Inter-LGBT, qui représente près de 60 associations, résume bien le sentiment: «Deux ans plus tard, malgré les promesses du gouvernement d’une loi famille qui viendrait pallier les manques – abandonnée depuis lors –, rien n’a évolué. (…) Tant que nos enfants seront discriminés, tant que tous les couples de même sexe ne pourront pas se marier, tant que toutes les femmes n’auront pas accès à la PMA en France, tant que les personnes trans’ devront subir des stérilisations forcées pour pouvoir conformer leur état civil à leur genre, la loi “Mariage pour tou.te.s” nous laissera un goût d’inachevé!»
«En ce 23 avril 2015, deux ans après le vote de la loi dite “Mariage pour tous” à l’Assemblée nationale, FièrEs rend hommage à cet extraordinaire tour de PaSse-PaSse que nous offre le gouvernement, ironise quant à elle l’association FièrEs, qui organise ce soir à Paris un «rassemblement magique»*. Littéralement fasciné.e.s par le talent avec lequel les illusionnistes Valls et Hollande ont réussi à faire disparaître nos droits, nous montons à notre tour sur scène pour vous révéler les “trucs” de ces magiciens hors pair. Vous vous êtes toujours demandé comment avaient-ils pu couper filiation et mariage en deux? Comment la PMA avait-elle disparu de leurs chapeaux? Comment la carte “droits des trans’” s’était retrouvée tout en bas du paquet? L’heure de la révélation a sonné!»
De son côté, SOS homophobie (qui organise aussi un rassemblement, lundi 27 avril, à la date anniversaire des déclarations de Manuel Valls sur la PMA), ne veut pas oublier «les premières images, en 2013, des marié.e.s gays ou lesbiennes, les premières adoptions au sein de familles homoparentales». «La loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe a donné reconnaissance et dignité à ces couples et à ces familles», insiste l’association, qui s’inquiète néanmoins de ce que «des voix s’élèvent régulièrement pour remettre en cause cette mesure républicaine».
«La loi sur le mariage pour tou.te.s est une loi nécessaire, mais aujourd’hui insuffisante, souligne aussi SOS homophobie. Ses défauts obligent encore certains couples binationaux à faire appel à la justice pour établir leur droit à se marier. Ses ambiguïtés contraignent certaines femmes à un long parcours judiciaire avant d’être reconnues pleinement comme les mères de leurs enfants. Ses insuffisances empêchent la juste reconnaissance de toutes les formes de parentalité (beaux-parents, coparents, parents sociaux) et entretiennent les inégalités, notamment en refusant l’accès à la PMA à toutes les femmes. SOS homophobie en appelle aujourd’hui aux pouvoirs publics pour que les couples gays ou lesbiens, et les familles homoparentales, soient pleinement reconnus.»
L’association enfonce le clou: «Plus largement, le vote de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de personnes de même sexe ne peut plus servir de paravent qui empêcherait toute avancée des droits et des libertés des personnes lesbiennes, gays, bi.e.s et trans.’ SOS homophobie soutient ainsi avec force l’ouverture du don de sang aux hommes gays et bisexuels, la simplification du parcours de transition des personnes trans’ et la mise en œuvre d’une politique ambitieuse de lutte contre les LGBTphobies à l’École.»
Quant à l’Association des familles homoparentales (ADFH), elle met en regard «ce qui fonctionne» et «ce qui ne fonctionne pas» depuis l’adoption de la loi sur le mariage pour tous:
Dans un communiqué, l’association constate que «depuis le vote pour l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, aucune autre mesure n’a été prise par le gouvernement, laissant de nombreux enfants de familles homoparentales sur le carreau, sans protection, et parfois sans reconnaissance de leur état civil.» Un vide illustré par le témoignage de Rachel, mère sociale non reconnue d’un enfant né d’une PMA en Belgique. Séparée de la mère biologique de son enfant, elle «vit un véritable calvaire judiciaire pour faire reconnaître son lien affectif de mère», écrit Metronews. «Je ne serais pas dans cette situation s’il y avait une déclaration conjointe, au moment de la grossesse, pour établir un lien de filiation dès la naissance», regrette Rachel, qui remarque: «L’absence de droits fait que je n’existe pas en tant que mère, mais c’est surtout le droit des enfants qui n’est pas respecté».
* Rassemblement magique, jeudi 23 avril à 19h30, place Baudoyer (devant la mairie du IVe arrondissement), à Paris.
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