Des militant.e.s LGBT remettent en cause des pratiques du Refuge

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Plusieurs personnalités du monde associatif LGBT critiquent le «sensationnalisme» du Refuge et demandent à l'État de prendre en charge les jeunes LGBT exclu.e.s.

Dans une tribune parue ce lundi 8 décembre sur le Huffington Post, plusieurs militant.e.s engagé.e.s dans le monde associatif LGBT émettent des critiques à l’encontre du Refuge. Les auteur.e.s ne se prononcent pas sur les faits avancés par Rue89 et Yagg, mais estiment que des « problématiques éthiques » se posent par ailleurs. Le texte a été signé par les porte-parole de FièrEs Delphine Aslan et Vanessa de Castro, par les anciens porte-parole de l’Inter-LGBT Nicolas Gougain et Mathieu Nocent, par l’ancien porte-parole de la Fédération LGBT Stéphane Corbin et par l’ancien porte-parole de l’association Rimbaud Nicolas Bighetti de Flogny.

CAUTION DE CHRISTINE BOUTIN
Tou.te.s considèrent que l’association a recours à une communication « victimaire et voyeuriste » avec « des jeunes surexposés aux médias, répondant aux interviews télévisées, sollicités pour des interventions en milieu scolaire, bombardés de photos postées sur le mur Facebook et le compte Twitter de l’association. […] Les jeunes concerné.e.s méritent de la quiétude. Ils/elles méritent un refuge au sens premier du terme », plaident les auteur.e.s. Des jeunes exclu.e.s par le Refuge avaient indiqué que leur droit à l’image avait été bafoué par l’association mais le directeur général Frédéric Gal avait affirmé à Yagg que le Refuge ne diffuse « aucune photo des jeunes sans leur demander leur accord au préalable ».

Les militant.e.s à l’origine de la tribune s’en prennent aussi à « la stratégie militante de l’association, basée sur l’utilisation du sensationnalisme pour susciter les dons ». Les auteur.e.s jugent que la mort de Peter, un jeune hébergé par le Refuge, a fait l’objet d’une « instrumentalisation » de l’association qui a communiqué sur l’hypothèse d’un suicide, alors que le vice-procureur songeait plutôt à un accident. Le fait que l’association ait mis en avant un message de soutien envoyé par Christine Boutin et que celle-ci ait visité les locaux de l’antenne parisienne tout en s’opposant à l’égalité des droits donne aux signataires de la tribune le sentiment que le Refuge sert de « caution aux personnalités politiques qui, pour certaines, se contrefichent de la lutte contre l’homophobie mais rachètent leur conscience ».

Les auteur.e.s demandent au Refuge de « faire preuve de mesure dans ses modes de communication et à faire œuvre de transparence en autorisant une autorité indépendante à réaliser un audit financier et organisationnel de la structure » et requièrent un « changement d’échelle » qui prenne en compte « les lesbiennes et les trans’ », même si plusieurs personnes lesbiennes ou trans’ ont déjà été accueillies par le Refuge. L’appel des signataires s’adresse aussi à l’État : les signataires voudraient une « politique publique de prise en charge des jeunes LGBT exclu.e.s, plutôt que de se contenter de subventionner des structures associatives » et souhaitent l’implication de professionnel.le.s du travail social dans les missions jusqu’ici assumées par des associations.

Photo Reportage sur le Refuge dans l’émission In Vivo (France 5)