Bisbilles autour d’un village pour les LGBT de plus de 50 ans dans l’Aude

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La querelle met au jour d'autres questions: un village peut-il choisir ses habitant.e.s en fonction de l'orientation sexuelle? De l'âge? Et faut-il y voir un ghetto ou un lieu de liberté?

Sallèles-d’Audes, son église, ses 2500 habitants et bientôt son village pour LGBT britanniques de plus de 50 ans. C’est le projet de Villages Group, société britannique qui construit de véritables hameaux pour personnes âgées, et dont le standard téléphonique n’aurait pas résisté aux nombreux appels de journalistes à ce sujet. L’entreprise a obtenu de la mairie en mars dernier un permis de construire en vue de la réalisation d’un complexe pour personnes de plus de 50 ans, actives ou retraitées. Pas moins de 107 maisons individuelles, avec une construction écologique, seront disponibles à environ 3,5 kilomètres au nord de Sallèles-d’Audes. Les habitant.e.s auront terrains de sport ou restaurants à disposition.

LES LGBT VISÉ.E.S
D’après une brochure publiée sur le site de Villages Group, le public ciblé est celui des personnes LGBT. Une première en France. Mais aussi une surprise pour la mairie, qui affirme ne pas avoir été mis au courant de cet état de fait. D’après un collaborateur du maire, joint par Yagg, Yves Bastié, maire apparenté PS de Sallèles, «s’était battu pour la construction il y a un peu moins d’un an, sans connaître cette évolution du projet». La surprise a apparemment été de taille. Pourtant, «il n’est pas du tout prévu de s’opposer à la construction» en raison de son orientation. D’autant que «des retombées économiques importantes» sont attendues après l’arrivée des premier.e.s habitant.e.s.

«PROBLÈME ÉTHIQUE» OU «MARCHE EN AVANT»?
Malgré une brochure vantant cadre enchanteur et activités en tous genres, Laurent Giroux, consultant en politiques gérontologiques contacté par Yagg, est loin d’être enthousiaste. C’est, à sa connaissance, «le seul village de ce type en projet». Il existe d’autres villages en construction, mais aucun qui soit à destination d’une population particulière. Et, d’après l’expert, «juridiquement ça va poser problème». Le bailleur «ne pourra pas choisir l’orientation des personnes s’installant ni leur âge », sous peine de s’exposer à des poursuites pour discrimination. Or, si la mairie confirme que le village «sera également ouvert aux hétérosexuel.le.s», la brochure précise bien qu’il est à destination des personnes de plus de 50 ans. Une position qui risque donc d’être difficile à tenir. Par ailleurs, souligne Laurent Giroux, lui-même administrateur d’un établissement pour personnes âgées, celles et ceux «qui deviennent dépendant.e.s ne pourront pas rester puisque ce n’est pas médicalisé». La question ne se pose pas pour Danny Silver, PDG de Villages Group, qui déclare à l’AFP que «ce n’est pas une maison de retraite. C’est d’abord pour les vacanciers, les investisseurs. On n’y vient pas pour mourir».

Au-delà de cette question, l’arrivée en France d’un tel lieu n’est pas non plus sans poser à Laurent Giroux des problèmes éthiques. Les personnes LGBT «demandent à ne pas subir de discriminations puis en font, c’est jouer sur la peur des gens» de subir des attaques homophobes.

Christian Barsotti, propriétaire avec son compagnon du bar de Sallèles-d’Audes, ne voit pas les choses du même œil. S’il n’entend pas être client du futur complexe pour ne pas «s’enfermer dans un ghetto», il considère que «ça fait partie de la marche en avant des droits pour les personnes homosexuelles et que si ça convient à certain.e.s, c’est très bien».

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