La Croatie, une recrue LGBT-friendly pour l’Union européenne?

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La Croatie est officiellement devenue aujourd'hui le 28e État de l'Union européenne. Au cours du processus, l'UE a notamment insisté sur les droits des personnes LGBT. Qu'en est-il à présent?

En 1977, alors que la Croatie fait encore partie de la Yougoslavie, elle promulgue son propre code pénal. L’homosexualité y est légalisée. Il faut néanmoins attendre le début des années 2000 pour que la lutte pour les droits des personnes LGBT prenne réellement forme dans ce pays indépendant depuis 1991. Iskorak (qui se traduit par Coming-Out), principale association pour l’égalité, est fondée en 2002. La même année a lieu à Zagreb la première gay pride croate qui rassemble environ 300 personnes. Les marches s’enchaînent et prennent de l’importance, jusqu’à réunir 13000 participants le 15 juin dernier. Une deuxième gay pride à Split, principale ville côtière du pays, est organisée depuis 2011. Les victoires législatives se succèdent en parallèle. En 2003, les couples de même sexe qui cohabitent depuis au moins trois ans gagnent une protection en cas de décès identique à celle des hétérosexuels dans le même cas. L’interdiction des discriminations en raison du genre ou de l’orientation sexuelle est intégrée au code pénal en 2009. En mai 2012, le Premier ministre social-démocrate Zoran Milanović annonce un projet d’union civile.

DES PROBLÈMES PERSISTANTS
Tout n’est pas rose pour autant. La première marche de Split, en 2011, a dû être dissoute avant son terme en raison d’agressions néo-nazies. Plus récemment, le projet d’union pour tous est resté lettre morte et a provoqué de très vives réactions dans la population croate, catholique à 90 %. Une pétition lancée en réaction par un groupe chrétien demandant que soit défini par référendum le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme rencontre un succès phénoménal. Plus de 710000 signatures, alors que le pays ne compte que 4,2 millions d’habitants. Le parlement croate, qui a reçu la pétition il y a deux semaines, doit à présent statuer sur la suite à y donner. D’après Bruno Selun de l’Intergroupe LGBT du Parlement européen, « il n’est pas certain que le référendum ait lieu ». Néanmoins s’il est organisé, il ne fait aucun doute qu’il sera perdu par les défenseurs de la cause LGBT. Raison pour laquelle le gouvernement tente d’y faire obstacle.

DES RAISONS D’ESPÉRER
Relativement progressiste, celui-ci a poussé dans le sens de plus d’égalité afin de satisfaire aux exigences de l’Union européenne. Et les mentalités semblent évoluer peu à peu. Alors que l’ancien maire de Split Željko Kerum a refusé le parcours prévu de la marche de 2012, son remplaçant Ivo Baldasar a défilé avec les manifestant.e.s. Une première pour un homme politique local. La Croatie apparaît donc comme étant sur la voie de l’égalité, mais pas encore arrivée au bout du chemin, comme l’a souligné en mai un rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne. On y apprend que 60 % des personnes homosexuelles se sentent victimes de discrimination ou ont été victimes d’agressions en Croatie, la moyenne étant à 47 % dans l’ensemble de l’Union européenne.

Photo European Union 2013 EP (Martin Schulz, président du Parlement européen, et Zoran Milanovic, Premier ministre croate)