À Arcangues, le maire ne marie plus aucun couple

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Jean-Michel Colo met en avant ses convictions religieuses pour s'opposer à l'ouverture du mariage qu'il juge «inique et immorale».

Le maire d’Arcangues a beau s’opposer avec virulence au mariage des couples de même sexe, il ne se considère pas comme un homophobe. En prélude à son interview sur France Bleu Pays Basque ce mercredi 12 juin, Jean-Michel Colo prend soin de préciser qu’il trouve Jean-Michel Martin et Guy Martineau-Espel « fort sympathiques ». « Je n’ai aucune opposition sur leurs pratiques sexuelles », explique-t-il avant de préciser qu’elles doivent rester « d’ordre privé ». Après avoir refusé de procéder au mariage des deux hommes, il indique avoir cessé de remplir ses fonctions d’officier d’état civil : « J’ai remis mon tablier d’état civil au préfet. Aujourd’hui, à la mairie d’Arcangues, on ne peut pas faire d’état civil ». Samedi 8 juin, la préfecture des Pyrénées-Atlantiques avait publié un communiqué dans lequel elle égrène les sanctions qui peuvent être prises à l’encontre de Jean-Michel Colo.

« JE SUIS CHRÉTIEN »
Lui n’en a cure. Monsieur le maire est persuadé que sa « liberté est constitutionnellement garantie » et que « la loi mal faite » est « inférieure à la loi positive ou naturelle ». « Moi, je suis chrétien, j’ai eu une éducation chrétienne et je l’assume », n’hésite pas à mettre en avant cet élu d’une République pourtant laïque. Il ne semble pas avoir suivi avec beaucoup d’attention le processus législatif qui a permis l’adoption de la loi ouvrant le mariage puisqu’il énonce des contre-vérités savamment élaborées par la « Manif pour tous » : « Au Sénat, le vote a eu lieu à main levée, évoque-t-il en guise d’exemple. On ne sait pas ce qui s’est passé ! À l’Assemblée nationale, pareil ! Notre président a promulgué cette loi à 6 heures du matin ! » En réalité, l’opposition sénatoriale n’a pas demandé de scrutin public, au Palais Bourbon, 566 député-e-s ont voté (dont 331 pour) et François Hollande a promulgué le texte dans la soirée du 17 mai, quelques heures après que le Conseil constitutionnel a validé le texte.

À l’en croire, Jean-Michel Colo n’est qu’un bouc émissaire du gouvernement qui juge « plus facile d’emmerder le maire d’Arcangues que de s’occuper de Marseille, de la Corse, de la sécurité ou de l’immigration ». Il prédit « une arithmétique défavorable aux gens qui ont pris cette loi inique et immorale » lors des prochaines élections. Il se dit par ailleurs « hyper inquiet » en tant que grand-père que l’on introduise « la loi du genre » dans les programmes scolaires. « On doit éduquer nos enfants normalement », clame celui qui a « pris une femme » quand il a voulu « avoir un enfant ». Il assure avoir lu que les enfants élevés dans des familles homoparentales ont des problèmes, « on le sait », et s’accroche à cette idée pour mieux justifier de discriminer. Maire d’Arcangues depuis 30 ans, Jean-Michel Colo, qui en a désormais 60, n’exclut pas de briguer un nouveau mandat l’an prochain.

Photo Dailymotion

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