Russie: le meurtre d’un jeune homo imputé à une députée anti «propagande homosexuelle»

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Il a fallu un crime d’une rare cruauté pour que les services de police russe daignent pour une fois considérer l’homophobie comme motivation d’un meurtre.

Il a fallu un crime d’une rare cruauté pour que les services de police russe daignent pour une fois considérer l’homophobie comme motivation d’un meurtre. Vendredi 10 mai au matin, le corps nu et meurtri d’un jeune homme de 23 ans a été retrouvé à Volgograd, dans la cour d’un immeuble.

« ATTITUDE PROVOCANTE »
La victime a été violée au moyen de bouteilles de bière et une pierre a servi à lui fracasser le crâne, rapporte l’AFP. Plusieurs blessures émaillaient son corps et ses parties génitales ont été particulièrement visées par ses agresseurs. Deux hommes âgés de 22 et 27 ans, dont l’un a un passé criminel, ont été interpellés par la police.

Les deux hommes et la victime auraient pris des verres le jeudi 9 mai, jour où la Russie célèbre traditionnellement la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. Quand le jeune homme de 23 ans a révélé son homosexualité, les deux autres s’en seraient pris à lui, au motif qu’il avait une « attitude provocante » qui heurtait leur « patriotisme ». Ils l’auraient alors battu et torturé à mort.

RESPONSABILITÉ POLITIQUE
Pour l’ONG russe LGBT Assistance, cet assassinat est la conséquence directe de la proposition de loi anti « propagande homosexuelle » portée par la députée de la Douma Elena Mizulina du parti Russie juste. Lors de l’adoption de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe en France, cette élue a apporté son soutien à Vladimir Poutine qui suggérait de ne plus permettre l’adoption d’orphelins russes par la France. Les militant-e-s de LGBT Assistance ont fait parvenir à Sergueï Mironov, président du parti, une lettre dans laquelle ils/elles l’invitent à prendre ses responsabilités dans ce meurtre. « M. Mironov et le parti qu’il dirige sont-ils prêts à partager avec la députée Mizulina la responsabilité de ce crime et des autres crimes motivés par la haine à l’encontre des citoyens russes membres de la communauté LGBT ? M. Mironov et le parti Russie juste sont-ils prêts à proposer le retrait de la proposition de loi sur la soi-disant “propagande homosexuelle” ? »

« Bien entendu, je sais que les député-e-s de la Douma et que M. Mironov feront tout pour démontrer que ce crime n’est pas lié à la proposition de loi sur la soi-disant “propagande homosexuelle”, a ajouté Vyacheslav Revin, directeur de LGBT Assistance, dans un communiqué. Peut-être qu’ils essaieront d’étouffer l’affaire en diffamant la victime assassinée. Mais il est temps d’appeler les choses par leur nom et que les député-e-s soient responsables de leurs actions. Je suis absolument convaincu que Mizulina est à l’origine de crimes et devrait en principe encourir des poursuites pénales. La société et les LGBT en particulier peuvent continuer à être silencieux/ses de peur d’être “repérés” mais ce n’est qu’une question de temps avant que la prochaine tête qui tombe soit la vôtre. »

Nikolai Alekseev, le président de Gay Russia, s’inquiète lui aussi du développement du discours anti-LGBT à la tête de l’État. De son côté, Vladimir Poutine continue d’assurer que son pays ne pratique aucune discrimination à l’encontre des personnes homosexuelles.

Illustration Fabizm

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