Les collectifs, une nouvelle visibilité lesbienne

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Depuis 5 ans, des dizaines de collectifs se sont emparés de la nuit, de l’espace public, du web pour promouvoir les artistes, faire la fête et prendre du plaisir mais aussi pour des raisons politiques.

Ce vendredi soir, Fol Effet organise la GRRRFRIENDS au Gibus, à Paris, avec 9 autres collectifs lesbiens dont Fuck the name. Demain, samedi 30 juin, les filles de Gouine comme un camion ont préparé un char financé par des centaines de lesbiennes. Les sportives de Sous les shorts des filles seront, elles, avec le char de la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL). Depuis 5 ans, des dizaines de collectifs se sont emparés de la nuit, de l’espace public, du web, etc., pour promouvoir les artistes, faire la fête et prendre du plaisir mais aussi pour des raisons politiques.

VISIBILITÉ RÉDUITE
Si l’image des lesbiennes tend à s’améliorer dans la société et les médias généralistes, la visibilité, elle, stagne voire régresse y compris dans la communauté. Ce qui a poussé Gouine comme un camion à se créer. « L’idée de ce collectif a surgi à la dernière gay pride, expliquent les fondatrices. Nous étions plusieurs à nous demander quel char suivre car aucun ne nous représentait ni ne nous ressemblait. Cela nous semblait véritablement aberrant qu’en un tel jour, les lesbiennes soient si peu visibles, que rien n’existe ce jour-là par et pour elles. Pour nous, cette sous-représentation est à l’image de ce qui se passe dans la communauté : l’espace lesbien se réduit. Les bars et clubs lesbiens ferment les uns après les autres (Le Pulp et La Barbare en 2007, le rachat de Chez Moune par les propriétaires du Baron) alors que les clubs gays prospèrent (200 lieux dans le Marais, pensés par et pour des hommes) ».

Même constat chez Fol Effet : « Quand le Pulp a fermé, son forum et site web ont aussi fermé. Voyant l’activité et l’engouement des forumeuses qui entre-temps s’étaient réunies sur des sites parallèles, nous avons décidé de créer Foleffet, afin de continuer le projet mais sous une autre forme. Depuis, Foleffet vit sa vie de femme libre et fière de l’être ». Sous les shorts des filles est également né pour « lutter contre l’isolement des sportives, qui sont (malheureusement bien souvent) minoritaires dans leurs associations respectives. Notre objectif est d’utiliser le sport pour créer du lien entre les filles des associations de sport LGBT et de renforcer la visibilité des événements sportifs féminins. En effet, le sport est un outil convivial et ludique pour favoriser l’échange entre les personnes : échanges de compétences, de conseils, de techniques et de savoir-faire ».

PLAISIR MAXIMUM
Ces collectifs ont des envies, moyens et activités différents mais le même objectif : donner du plaisir. Pour Fuck the name que l’on retrouve au Gibus ce soir leur envie est de « réunir des gens de tout horizon, de tout milieu autour du son, de l’art, et de la culture. Mais aussi de faire la fête ensemble à moindre coût dans des lieux sympathiques, avec des gens qui ont envie de rencontres et de nouveautés. Donner du plaisir aux gens et qu’on nous dise à la fin d’une soirée “je me suis bien amusée, elle est cool votre soirée”, c’est tout ce qui compte ! ».

Mais aussi prendre du plaisir en organisant comme avec Fol Effet où une erreur devient un leitmotiv : « Pour les flyers de soirées, le graphisme est minimal et les textes sont loufoques. C’est un peu à cause de notre graphiste qui a écrit la première fois “Foffête” à la place de Foleffête. On a imprimé des centaines de flyers avec l’erreur sans s’en rendre compte. Ça nous a fait rire et depuis, on a décidé qu’on ne se prendrait plus jamais au sérieux. On a donc des titres et concepts de soirées idiots qui nous font rire. Le sérieux, on ne sait pas faire ».

OUVERTES À TOUTES
Si ces collectifs sont essentiellement composés de lesbiennes, leurs soirées, activités, articles, etc. sont destinés à un public plus large. De plus, elles organisent tous leurs événements dans des lieux généralistes habitués toute l’année à une autre clientèle. Une façon de créer des « lieux lesbiens » éphémères ouverts. Le slogan de Sous les shorts des filles, « Fédérer, s’amuser, exister », résume bien sa volonté. « Nos entraînements et initiations de sport sont ouverts à toutes les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle et qu’elles fassent ou non partie des différentes associations sportives LGBT. »

Avec son site, Fol Effet veut « donner une place à des créatrices de tous horizons. Leur nom apparait. On les rappelle à la mémoire de la toile. Les articles restent en ligne et certains sont lus des années après la rédaction. Ce sont des fils tendus, une broderie infinie. Notre premier objectif est de parler de ce qu’on aime et du coup, ça permet de faire connaitre un peu mieux toutes les facettes que notre “communauté” comporte ». Quant aux soirées Fuck the name, « elles sont ouvertes à tout le monde même si c’est vrai que la majorité des personnes sont lesbiennes ».

LE FESTIF EST POLITIQUE
Organiser des soirées, faire la fête peut sembler futile et peu militant. Mais on le voit dans les préoccupations de ces organisatrices, occuper l’espace en dehors des lieux définis est politique. Pour Gouine comme un camion, le but est d’abord de faire de la visibilité, « de donner à voir qui nous sommes dans toutes nos diversités, de démolir les éternels clichés qui voudraient que les gouines soient de tristes “mal baisées”, de faire du bruit et de donner la possibilité à des filles qui sont dans le placard d’en sortir l’espace de quelques heures, soutenues par le groupe. Si c’est possible pendant 4 heures, c’est déjà ça. Et puis ça donne du courage pour avancer dans sa vie, pour s’affirmer ».

Il reste donc beaucoup de travail pour une vrai visibilité lesbienne, et toutes les membres de ces collectifs sont motivées à y contribuer. Le mot de la fin à Gouine comme un camion : soyons toutes et tous « gouines, fortes, intelligentes, puissantes et belles comme des camions ! ».

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur grrrlfriends.m4v

Fol Effet, vendredi 29 juin, la GRRRFRIENDS 10 crew 1 love, de 23h30 à 6h. 18, rue du Fbg du Temple, 75010 Paris (M° République). P.A.F. 12€ avec conso. Les capotes seront offertes par le Kiosque Info Sida.

Gouine comme un camion, samedi 30 juin, à partir de 13h30, à la Marche des Fiertés LGBT de Paris, de Montparnasse à Bastille (Emplacement n°74 sur 83 dans le cortège).

Fuck the Name, ce vendredi soir au Gibus et le tea-dance Fuk off tea, le 22 juillet, de 17h30 à 22h30. Accès libre.

Sous les shorts des filles, grande soirée en septembre.