Annulation annulée: la première Lesbian & Gay Pride d’Auxerre aura bien lieu samedi

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Après une annulation de la marche LGBT mercredi, un accord a été trouvé hier entre les associations et la mairie: le rendez-vous a été fixé à 16h Porte de Paris. N'en déplaise au Front National.

Contre vents et marées, la toute première Lesbian & Gay Pride de la ville d’Auxerre aura bien lieu ce samedi 23 juin. Pour cela, elle aura dû faire face à un certain nombre d’obstacles.

Il y avait d’abord eu la demande d’interdiction de la marche par le conseiller municipal Front National Richard Jacob (lire Le FN ne veut pas d’une « gay pride » à Auxerre). À cela se sont ajoutées des difficultés matérielles d’organisation de la marche. Malgré une certaine anticipation (le premier dossier avait été déposé à la mairie au mois de février) et une forte motivation, les militant-e-s de l’association organisatrice Agir ensemble contre les discriminations 89 se sont retrouvé-e-s submergé-e-s par les contraintes logistiques. « C’est un événement très lourd à organiser », confie à Yagg Philippe Durand, le président de l’association.

ANNULATION DE LA PRIDE « POUR RAISONS TECHNIQUES »
Parcours, chars, service d’ordre, organisation de la soirée dansante… Difficile de tout prévoir quand on est une poignée de militant-e-s. Surtout quand il s’agit d’une première. Si bien que face à « un projet fluctuant », la municipalité (PS) avait fini par faire savoir, mercredi, qu’elle « n’autorisait pas le défilé », « pour des raisons techniques liées à la mobilisation de nos moyens matériels et humains (…) ainsi que pour des questions relevant de la sécurité publique sur le parcours choisi ». Elle maintenait cependant son soutien logistique à l’organisation de la soirée.

APPELS À MANIFESTATIONS SAUVAGES SUR FACEBOOK
L’annonce de cette non-autorisation a été un choc pour l’association. « J’ai été abasourdi », relatait hier Philippe Durand à Yagg. Malgré la déception, le militant semblait s’être fait une raison :« Nous prenons acte de la décision de la mairie ». Ainsi, lorsque de jeunes militant-e-s auxerrois-e-s ont voulu passer outre les décisions municipales et ont appelé sur Facebook à des manifestations (non-autorisées), Philippe Durand leur a demandé de fermer ces pages : « Nous ne voulons pas de rassemblement qui pourrait nuire à la soirée ou à l’organisation de la marche de l’année prochaine. Nous ne souhaitons aucun débordement. Il faut savoir rebondir, et se mobiliser pour la soirée », disait-il jeudi matin.

MISE AU POINT DE LA PRÉFECTURE
Sur les réseaux sociaux, l’annulation de la première marche de la fierté LGBT de Bourgogne enrageait les internautes. Si bien que la préfecture de l’Yonne a dû produire un communiqué jeudi après-midi : « Pour répondre aux informations qui circulent, la “marche des fiertés” envisagée sur Auxerre n’a fait l’objet d’aucune interdiction. L’organisateur a proposé plusieurs scénarios (…) étudiés avec les services de la mairie et, au regard des difficultés de l’association à assurer l’organisation logistique de la manifestation, il a été retenu, en accord avec l’organisateur, la proposition d’un village associatif à Auxerrexpo suivi d’un concert ».

UN MAIRE « CONTRE L’HOMOPHOBIE »
Du côté de la municipalité, on démentait fermement hier après-midi toute forme de censure : « Guy Férez [le maire d’Auxerre, ndlr] défend avec conviction l’égalité des droits. En tant que candidat aux élections législatives, il a bien évidemment défendu les propositions de François Hollande pour ouvrir le mariage aux couples de même sexe. Il est convaincu de l’importance de la lutte contre l’homophobie. Nous avons défendu nos convictions sur les droits des homosexuels, sur le droit de vote des étrangers. Quitte à en payer le prix », affirmait Christian Sautier, le directeur de communication de la mairie. Guy Férez a en effet été battu par le candidat UMP Guillaume Larrivé, soutenu par le Front National. Sur la marche en tant que telle, la mairie répétait que les conditions matérielles n’étaient pas réunies et qu’elle apportait son soutien à la soirée.

DES MILITANT-E-S CHEVRONNÉES À LA RESCOUSSE
Tandis que les internautes LGBT de France continuaient à exprimer leur surprise ou leur outrage face à cette annulation de la marche, y voyant un renoncement face aux pressions du FN, les militant-e-s aguerri-e-s de la Coordination Interpride France (CIF) ont décidé de venir prêter main forte aux Auxerrois-e-s pour l’organisation technique, notamment pour le service d’ordre. L’annulation de la marche a ainsi pu être… annulée. « Nous avons négocié un nouveau parcours avec la municipalité, explique à Yagg Stéphane Corbin, le président de la CIF. Nous avons fixé le rendez-vous à 16h porte de Paris, pour un départ du cortège à 16h30. Nous emprunterons la rue de Paris. Le cortège passera ensuite dans la principale rue commerçante de la ville : la rue du Temple. L »arrivée du défilé place de l’Arquebuse est prévue pour 17h30. »

« Je suis soulagé et heureux que la marche ait bien lieu, déclare Philippe Durand à Yagg. Je tiens à remercier Stéphane Corbin et la Coordination Interpride pour leur soutien. »

« ÉLECTRO LIBRE BOURGUIGNON »
Après la marche, la danse. L’entrée de la soirée, qui est soutenue par la salle de musiques actuelles Le Silex et l’association Esbhan, est à 5 euros, avec un tarif réduit à 4 euros pour les chômeur/euses, les bénéficiaires du RSA et les personnes handicapé-e-s. Un buffet est prévu et c’est Rom Garneur qui ouvrira le bal avec de « l’électro libre bourguignon ». Six autres DJ se succèderont ensuite aux platines, pour faire danser les marcheurs et les marcheuses.

Photo Mattana