CeCe McDonald en prison pour s’être défendue contre un agresseur transphobe et raciste

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La jeune femme a écopé de 41 mois ferme pour avoir tué son agresseur, qui avait une croix gammée tatouée sur la poitrine, un casier judiciaire chargé et était sous l'emprise de stupéfiants.

À Minneapolis, le 5 juin 2011 vers minuit, CeCe McDonald, une jeune femme trans’ afro-américaine de 22 ans, étudiante en mode et design, sort acheter à manger avec plusieurs ami-e-s. En passant devant un bar, le groupe de jeunes est la cible d’insultes racistes, transphobes et homophobes de la part de 4 client-e-s blanc-he-s et cisgenres d’une quarantaine d’années sorti-e-s fumer une cigarette. Parmi elles/eux, Dean Schmitz, 47 ans, et Molly Flaherty, 41 ans. Tout en continuant à être verbalement agressive, Molly Flaherty brise son verre de bière et le porte au visage de CeCe McDonald, lui ouvrant la joue et lui lacérant la glande salivaire. CeCe et ses ami-e-s tentent de fuir et sont rattrapé-e-s par Dean Schmitz. Une lutte s’ensuit entre lui et elle. Pour se défendre, elle sort de son sac à main une paire de ciseaux qu’elle utilise pour ses cours. Elle porte un coup à Dean Schmitz, il est mortellement blessé.

ARRESTATION ET INCULPATION
La police arrive sur les lieux et arrête une seule personne, CeCe McDonald. Elle est conduite au poste, où elle est interrogée puis placée à l’isolement, et inculpée pour meurtre (« second degree murder »). Pendant ce temps, à l’examen du corps de Schmitz, le tatouage d’une croix gammée est découvert sur sa poitrine. Les examens toxicologiques révèleront qu’il avait consommé de l’alcool, de la cocaïne et des méthamphétamines.

CeCe McDonald reste en prison un mois puis est libérée sous caution. Soumise à des tests de cannabis durant sa liberté conditionnelle, elle est réincarcérée lorsque les résultats s’avérent positifs.

MOBILISATION
Une mobilisation s’organise pour sa libération, au nom de la légitime défense contre les agressions : manifestations de soutien, numéros de danse sous les fenêtres de sa cellule, envois de courrier, de livres et de magazines à la détenue… Parmi ses soutiens, ses ami-e-s bien sûr, mais aussi des associations comme le Trans Youth Support Network (réseau d’auto-support de la jeunesse trans’), des organisations féministes, LGBT, des départements universitaires d’études afro-américaines, un conseiller municipal de Minneapolis ou encore Leslie Feinberg, une figure de la militance trans’. En France, OUTrans publie un communiqué : « Nous, association trans’ féministe, voulons exprimer notre entière solidarité avec CeCe, et revendiquer le droit de se défendre face aux agressions que nous subissons dans la rue, dans les transports, dans l’espace public ou sur nos lieux de travail. ». Un rassemblement est également prévu samedi 16 juin devant l’ambassade des États-Unis à Londres.

LE PROCÈS
Le procureur du comté, Michael Freeman, refuse d’abandonner les charges qui pèsent contre CeCe McDonald. Dans une interview vidéo au Village Voice, il déclare « une autre personne que la victime [Dean Schmitz, ndlr] a agressé Mme McDonald (…) avec un verre. (…) La personne qu’elle a tuée n’est pas celle qui l’a agressée [avec le verre]. Voilà pourquoi ce n’est pas de la légitime défense. ». Dans cette interview, il se dit « aveugle » aux facteurs tels que la race, le sexe, l’orientation sexuelle ou la situation économique. Il précise également que Molly Flaherty a été inculpée pour son agression envers CeCe, et que le dossier est traité par une autre équipe de magistrat-e-s.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo, cliquez sur Michael Freeman Interview on CeCe McDonald case

Au cours de l’examen du dossier, le juge Daniel Moreno refuse de considérer le tatouage en croix gammée de Dean Schmitz comme un élément pertinent pour le dossier. Il aurait également refusé de prendre en considération le fait que Schmitz avait été condamné pour violence sur conjoint. En revanche, le fait que CeCe ait signé des chèques sans provision aurait été pris en compte comme un élément à charge. Le juge accepte cependant de retenir la consommation de drogues par Dean Schmitz comme élément du dossier.

Au troisième jour de son procès, au terme d’une négociation entre ses avocat-e-s et les magistrats, CeCe accepte de plaider coupable pour homicide involontaire plutôt que de plaider innocente face à une inculpation pour meurtre. Dans ce cas, elle risquait jusqu’à 80 ans de prison. Le 4 juin, elle est condamnée à trois ans et demi de prison.

PERSPECTIVES
Aujourd’hui, l’enjeu est que la sécurité de CeCe soit assurée en prison. Elle est actuellement détenue à la prison pour hommes de Saint Cloud. Initialement placée à l’isolement, elle est aujourd’hui avec le reste de la population carcérale. Elle n’a pas à partager sa cellule, mais sa situation inquiète fortement ses soutiens. Le dossier de CeCe doit être étudié par le département correctionnel du Minnesota. Malgré la situation dans laquelle elle se trouve, CeCe tient bon. Katie Burgess, du Trans Youth Support Network, qui lui a rendu visite en prison, raconte que CeCe lui a dit, avant le procès : « Ils ne peuvent pas me prendre mon humanité et ma dignité. Quoi qu’il se passe dans la salle d’audience, je n’appartiens pas à l’État ».

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Dans cette interview, la militante trans’ raconte que le cas de CeCe reflète la manière dont sont traitées les femmes trans’ et les personnes de couleur par le système judiciaire et la société en général.

UN COCKTAIL MOLOTOV DANS UNE AGENCE BANCAIRE
L’affaire a pris une portée nationale. Mardi 12 juin 2012, un cocktail Molotov non allumé a été trouvé dans une agence de la banque Wells Fargo, à Portland dans l’Oregon. Un collectif queer anarchiste a revendiqué avoir jeté ce cocktail à travers la fenêtre de l’établissement, « en solidarité avec CeCe ». Wells Fargo est une banque d’investissement dans la ligne de mire du mouvement social pour sa présence au capital de prisons et centres de rétention dont la gestion est confiée au secteur privé. « Les banques comme Wells Fargo font du profit aux dépens de personnes comme CeCe », dénonce le communiqué pour expliquer le « petit geste de solidarité envers CeCe et tou-te-s celles et ceux qui souffrent des mains de l’état capitaliste, raciste et transmisogyne ». Interrogée par la presse locale, Katie Burgess a précisé que son association n’avait pas de lien avec le collectif.

Photos  freececemcdonald.tumblr.com