Floriane, trans’, raconte l’humiliation du «Monsieur» à l’hôpital Lariboisière
Victime d'un viol collectif, Floriane s'est rendue à l'hôpital pour y recevoir des soins. Le personnel n'a cessé de s'adresser à elle au masculin en se fondant sur ses papiers d'identité.
Floriane (son prénom a été modifié) espère que son témoignage sera utile au reste de la communauté. Victime d’une agression sexuelle dans la nuit du 9 au 10 janvier, cette femme trans’ s’est rendue aux urgences de l’hôpital Lariboisière, à Paris. Là, infirmières, aides-soignantes et médecins n’ont cessé de s’adresser à elle en l’appelant «Monsieur» car sa carte Vitale et son numéro de sécurité sociale restent ceux d’un homme. Elle a alerté l’association Act Up-Paris, et l’Association Commune Trans et Homo pour l’Égalité a publié un communiqué à ce sujet.
Parler du viol puis de son passage à l’hôpital reste une épreuve «douloureuse, pénible» pour elle. «C’est un nouvel enfermement, a-t-elle indiqué à Yagg. Je veux en sortir.» Deux semaines après les faits, elle est «encore sous le choc», mais elle se sent «pressée d’évacuer». Elle a finalement choisi de raconter ce qu’elle a vécu à l’hôpital dans un récit à la troisième personne, une manière de se livrer plus facilement.
Floriane a choisi de ne pas porter plainte contre ses agresseurs. «Je serais bien allée voir la police, mais je sais comment ils font, déplore-t-elle. Ils font en sorte de se trouver incompétents face à la problématique. Deux fois sur cinq, l’affaire est classée sans suite. Je ne veux pas aller au-devant de cet échec.» Pour elle, «le plus dur, ce n’est pas qu’il y a eu une agression sexuelle, mais c’est dans l’humiliation» qu’elle a subie à l’hôpital. Contactée par Yagg, la direction de l’établissement n’a pas «souhaité s’exprimer sur ce sujet».
Son témoignage:
«Floriane est admise aux urgences de l’hôpital Lariboisière le 9 janvier vers 23h. Au vu de sa carte vitale, et de son prénom, l’infirmière n°1 (ou aide-soignante, elle portait une blouse verte et non blanche), chargée d’enregistrer le dossier appelle Floriane, tout haut, dans la salle d’attente: «Monsieur Floriane!»
Alors que Floriane rectifie tout haut: «Madame !», l’infirmière, une fois en tête, pour mettre le dossier en route, enfonce le clou: «Mais c’est très simple, si vous souhaitez être appelée Madame ou Mademoiselle, il suffit de faire changer votre civilité!»
Et puis: «Ce n’est pas à nous de nous occuper des suites de votre agression, mais aux UMJ [unités médico-judiciaires, ndlr] (avec lesquelles il est, cependant, obligatoire de prendre RV)».
«PRENEZ UN TAXI et allez là-bas !»
Floriane insiste car elle a très mal à la tête, et souhaite juste qu’il soit déterminé, avec appareillage adéquat (si toutefois le service en possède), s’il y a fracture ou hémorragie.
L’aide-soignante ne dit plus rien, complète la feuille de route et se cantonnera à «Monsieur» quand, trois heures après, Floriane ira lui demander s’il est toujours prévu qu’elle soit examinée: «Oui, Monsieur, vous allez être reçue».
Un patient blessé à la main, agacé par les délais trop longs pour être soigné et qui, visiblement, soit a bu, soit est en «redescente», se plante devant le guichet d’accueil pour manifester son mécontentement. L’infirmière n°2, à l’accueil, le jette, à peine poliment, et puis se tourne vers les agents de surveillance, placés à côté du guichet pour qu’ils fassent dégager le pauvre bougre, qui finit par apostropher celui qui, parmi les trois surveillants, sans uniforme de pompier, faisait le plus de zèle par: «Espèce d’Antillais!»
Floriane a eu le malheur de murmurer: «Mais il n’est pas Antillais!…», histoire de trahir son anxiété, et l’attente de trois heures déjà écoulée. Le surveillant abandonne le pauvre bougre et s’en prend à elle, en osant proférer des menaces avec un ton violent. Floriane rétorque: «J’ai la tête en sang, je suis venue pour des soins, et vous m’agressez? Votre place n’est pas ici!». Le surveillant cependant continue et ne se calme pas.
Scandalisées, les infirmières commencent à «gazouiller», dans leur box d’accueil, se croyant discrètes. L’une d’elles, n°3, à blouse blanche, apparemment indignée par toutes ces circonstances, vient redemander à Floriane ce qui l’amène ici, alors que les mots d’agression sexuelle («viol») lui démangent les lèvres… Floriane rétorque: «Vous oubliez ce viol!!! Je suis venue ici pour qu’on détermine si j’ai, ou n’ai pas d’hémorragie, ou de fracture à la tête, car ma tête me fait très mal!».
«On va vous recevoir», répond l’infirmière n°3, à blouse blanche. Une aide-soignante n°4, à blouse verte, vient chercher Floriane et, pour l’appeler, lui envoie encore: «Monsieur!» Floriane explose: «Mademoiselle !» «Ah bon? Mademoiselle!», embraye l’aide soignante n°4 d’un ton ironique…
Floriane est démontée, blessée physiquement et dans son amour-propre: «Quand on ne sait pas comment appeler les personnes, on se la ferme!» «Quoi?», rétorque l’aide-soignante n°4, trop contente d’être l’objet d’une attention, fût-elle négative… «Excusez-moi», se radoucit Floriane, et pose amicalement sa main sur le bras de l’aide soignante n°4. «Aaaaaaaaah ! Mais ne me touchez paaaaaaaaaas!», se met à crier l’aide soignante n°4, dans l’espoir que les surveillants (musclés) viendront s’enquérir de ce qui se passe, et humilier encore Floriane qui lui a juste effleuré son bras en signe de remords.
On met Floriane, seule, dans une pièce sur un brancard, l’aide-soignante n°4, faisant croire à Floriane qu’il y a, à Lariboisière, le dispositif adéquat après ce type d’agression (viol). Elle lui pose des questions qui ont plus rapport au viol qu’aux blessures (visibles, et même spectaculaires) qu’elle a à la tête.
Bref, dans ce service, ils n’en avaient, ceux-là aussi, QU’APRÈS CE QUI ÉTAIT ARRIVÉ À SON CUL, PAS À SA TÊTE. Un médecin finit par arriver 20 minutes après. Et envoie à Floriane: «Bonjour Monsieur!» Floriane explose: «Écoutez, ça commence à bien faire! Je suis juste venue pour qu’on détermine si je n’ai pas des blessures à la tête, et jusqu’ici les infirmières ne se sont que préoccupées de savoir comment m’envoyer à l’Hôtel-Dieu, sous prétexte que ces blessures à la tête sont survenues lors d’un viol, en insistant AVEC GROSSIÈRETÉ à m’appeler «Monsieur». LE VIOL CONTINUE!!!»
«Excusez-moi, Madame!… Apparemment au vu de la clarté de vos paroles, vous n’avez pas de blessures graves à la tête… Activez votre mâchoire, pour voir…» Il touche les os de la tête. «Bon!», dit-il, puis il s’en va… Une aide-soignante n°5 vient dix minutes après avec un verre dans lequel se dissout un cachet effervescent en disant: «Buvez, et vous pouvez partir…» Cachet effervescent, qui, quatre heures après qu’elle ait demandé de l’assistance, est le seul réconfort donné à Floriane, car cette boisson pétillante a bon goût.»
Photo Google Street View
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