L’Ofpra a rejeté la demande d’Abdou, homosexuel sénégalais réfugié à Grenoble

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Abdou risque l'expulsion à tout moment, la mobilisation doit se poursuivre!

Un entretien de trois heures lundi 25 octobre à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n’aura pas suffi. La demande de protection subsidiaire d’Abdou, homosexuel sénégalais réfugié dans la région de Grenoble depuis qu’il a été rejeté par son père en raison de son homosexualité (lire Mobilisation pour un homosexuel sénégalais à Grenoble), a été refusée. Avec l’aide notamment du collectif LGBT C.I.GA.LE. (il est membre de deux associations du collectif), de SOS Racisme Loire et de la LGP Lyon, Abdou va à présent faire appel auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Il doit passer aujourd’hui devant le juge des libertés et de la détention. Comme l’a indiqué à Yagg un responsable de C.I.GA.LE., « il nous faut maintenant croiser les doigts pour que le Consulat du Sénégal ne délivre pas de laisser passer dans les 15 prochains jours ».

HOMOSEXUALITÉ PASSIBLE DE 5 ANS DE PRISON
Plusieurs personnalités ont déjà apporté leur soutien à la campagne pour qu’Abdou ne soit pas renvoyé au Sénégal, « un pays où l’homosexualité est passible de cinq ans de prison, dont l’hostilité des responsables religieux ne cesse de croître et où les agressions homophobes sont très fréquentes », explique le collectif. Parmi ces personnalités, Guillaume Lissy (conseiller régional de Rhône-Alpes et parrain républicain d’Abdou), Sarah Boukaala (conseillère régionale de Rhône-Alpes déléguée chargée de la Jeunesse), Anne Hidalgo (première adjointe au Maire de Paris), Christophe Ferrari (maire de Pont de Claix), Ian Brossat (président du Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche au Conseil de Paris), Louis-Georges Tin (président du Comité Idaho), Jean-Luc Romero (président d’Elus locaux contre le sida) et Marc Batard (alpiniste).

HOMOPHOBIE D’ÉTAT
En juin dernier, l’International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHRC) publiait sur son blog des témoignages de personnes LGBT au Sénégal et précisait que depuis deux ans, les arrestations pour cause d’homosexualité se multipliaient dans le pays, de même que l’homophobie d’État et la publication d’articles homophobes dans les médias. Ainsi, un membre de la communauté Yagg vivant au Sénégal a dû supprimer son profil après que des sites locaux ont repris son portrait de « yaggeur de la semaine » il y a quelques mois.

« Il est vital que nous nous mobilisions pour obtenir [la] régularisation [d’Abdou] afin qu’il puisse rester dans le pays où se trouve la majeure partie de sa famille, notamment sa mère qui est de nationalité française », écrit Amandine Chalvin, présidente du collectif C.I.GA.LE. La première victoire remportée par Nessma, réfugiée lesbienne libyenne, montre qu’une forte mobilisation porte ses fruits.

Pour aider Abdou, signez la pétition et/ou envoyez une lettre de soutien (dont un modèle se trouve sur le site du collectif) à contact@sosracismerhone.org

[mise à jour, 17h25] « Abdou n’est plus au centre de rétention administratif par décision du juge des libertés et de la détention », annoncent le collectif C.I.GA.LE., la LGP Lyon et SOS Racisme Rhône-Alpes dans un nouveau communiqué, précisant que « l’obligation de quitter le territoire français est toujours exécutoire ». Abdou est donc libre mais en situation irrégulière.

« Nous interpellons aujourd’hui Éric Besson, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, pour lui demander solennellement la régularisation d’Abdou, écrivent les associations. Nous tenons à rappeler que conformément à l’article 6 de la directive 2004/83/CE, le statut de réfugié, au titre de l’asile conventionnel ou de la protection subsidiaire, doit être accordé aux personnes lesbiennes, gays, bi et trans’ ayant été ou risquant d’être persécutées par les pouvoirs publics de leur pays d’origine, ou par quelque autre acteur non étatique. »

« Nous tenons également à rappeler les engagements de campagne de Nicolas Sarkozy en avril 2007 : « Être persécuté en raison de sa sexualité, c’est choquant et inadmissible. La France doit faire sienne cette position chaque fois qu’un homosexuel est martyrisé parce qu’il est homosexuel », poursuit le communiqué. Au Sénégal pour le chef du Gouvernement, Souleymane Ndéné Ndiaye : « l’homosexualité est un signe de crise des valeurs et d’insécurité ». Dans de nombreuses déclarations, il exhorte les chefs religieux et les croyants à combattre cette orientation sexuelle. Il a d’ailleurs exigé que son gouvernement réprime plus sévèrement les relations entre personnes de même sexe. Les associations de défense des droits humains ne cessent de dénoncer la vague croissante d’arrestations d’homosexuels au Sénégal. »

Photo C.I.GA.LE.

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