Suspension de « Don’t ask, Don’t tell »: à la recherche des « énormes conséquences »

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Aux États-Unis, suite à la décision historique d'une juge fédérale de suspendre DADT, un site internet tente de prouver qu'il n'y a pour l'instant aucune "conséquence néfaste" telles qu'annoncées par le ministre de la Défense.

Depuis plusieurs mois, l’administration Obama retarde l’abrogation de la loi dite « Don’t ask, Don’t tell » (DADT, « ne pas demander, ne pas dire »), qui interdit aux militaires gays et lesbiennes de faire leur coming-out, prétextant qu’une abrogation trop précipitée, trop hâtive, pourrait avoir de graves conséquences sur les troupes déjà engagées dans deux guerres. Une attente insupportable et totalement injustifiée pour les associations LGBT et les défenseurs des droits humains.

CONTRAIRE À LA CONSTITUTION
Le 12 octobre, la juge Virginia Phillips, du tribunal fédéral de Los Angeles, a finalement exigé que l’administration Obama suspende immédiatement toute exclusion de l’armée fondée sur cette loi, qu’elle estime contraire à la Constitution. Une décision historique ! Pourtant, rien n’est encore gagné : le ministère de la Justice pourrait encore geler cette injonction ou se tourner vers la cour d’appel fédérale de Californie. Le ministre de la Défense Robert Gates et le chef de l’armée Michael Mullen, qui soutiennent pourtant l’abrogation de DADT, ont en effet exprimé depuis plusieurs semaines leur souhait que cette abrogation se fasse lentement et progressivement.

« ÉNORMES CONSÉQUENCES »
Le Pentagone a, pour l’instant, annoncé qu’il se conformait à la décision de la juge Virginia Phillips. Cependant, dès le lendemain, fidèle à sa position initiale, Robert Gates déclarait : « cette suspension de DADT a d’énormes conséquences sur nos troupes ». Un jour plus tard, dans un nouveau communiqué, le Pentagone insistait sur cette position : « Exiger du ministère l’arrêt total de toute application de DADT, immédiatement et dans le monde entier, causera des bouleversements significatifs sur les forces à court terme », et d’ajouter que les troupes n’ont pas été préparées à cette suspension de DADT : « des programmes de préparation ne peuvent pas être proposés instantanément ».

Ainsi pour prendre au pied de la lettre la prédiction « d’énormes conséquences » du ministre de la Défense, le Palm Center, un think tank de l’Université de Californie, a créé un site internet intitulé Enormous Consequences. Ce site propose de rapporter et de lister tous les exemples de troubles, de dommages, dans l’armée américaine, qui pourraient être conséquents à cette décision de suspension de DADT.

DÉCOMPTE ET RECENSEMENT
Une horloge décompte le temps depuis cette suspension par la juge fédérale, soit le nombre d’heures, de minutes et de secondes depuis que les homos ont été autorisés à servir ouvertement dans l’armée ; et, plus bas, un tableau recense le nombre de problème conséquents à cette nouvelle politique, que les chercheurs de cette think tank s’engagent à mettre à jour de façon très régulière. On peut ainsi lire, pour l’instant :

Problèmes de cohésion dans les unités:0 ; problèmes disciplinaire : 0 ; démissions : 0 ; problèmes d’ordre privé:0 ; autres problèmes : 0.

« La prédiction de Robert Gates d’ »énormes conséquences » n’est pas innocente. L’affirmation que « des conséquences pourraient survenir » est ce qui a permis de justifier la politique de DADT depuis 17 ans », déclarait dimanche le directeur du Palm Center, Aaron Belkin, dans un communiqué de presse. « Maintenant que cette interdiction a été suspendue, nous cherchons attentivement de telles conséquences, et nous allons nous servir de notre nouveau site comme d’un pôle pour faire le compte de ce que nous trouvons ». Et Christopher Neff, adjoint du directeur, d’ajouter : « Jusqu’à présent, il semblerait que les armées sont parvenus à s’ajuster efficacement à cette période provisoire sans DADT. Je pense que cette suspension devrait servir à leur donner du crédit, et non pas à dire que le ciel va nous tomber sur la tête ».

CONTINUER À TAIRE SON ORIENTATION SEXUELLE
Pour l’instant, le Pentagone ne semble pas tout à fait prêt à suivre cette direction. Vendredi, ce dernier demandait aux soldats homosexuels de continuer à taire leur orientation sexuelle. Dans une note adressée aux responsables des armées de Terre, de l’Air et de la Marine, le sous-secrétaire d’État à la Défense Clifford Stanley indiquait que le Pentagone « respectera les termes du jugement » énoncé par Virginia Phillips, mais prévenait que dans un même temps, la cour d’appel pourrait « très bientôt » contredire le jugement de première instance et donc rétablir la loi. Et de mettre en garde ses troupes : « Une modification de leur comportement au milieu de cet environnement juridique incertain peut avoir des conséquences néfastes pour eux et d’autres personnes, dans le cas où le jugement de première instance serait renversé ».

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