Royaume-Uni: Un scandale financier pousse un ministre à la démission et au coming-out
Des dangers du placard: David Laws, secrétaire d'État au Trésor, a présenté sa démission pour s'être fait rembourser le loyer qu'il payait à son compagnon.
Des dangers du placard: David Laws, secrétaire d’État au Trésor, libéral-démocrate, a présenté sa démission (vidéo ci-dessous) après avoir reconnu avoir touché plus de 40000 livres (environ 47000 euros) de notes de frais injustifiées, alors qu’il était député, entre 2001 et 2009.
Il y a un an, le Royaume-Uni était ébranlé par un immense scandale autour des notes de frais des parlementaires. Depuis, le pouvoir a changé de bord, le travailliste Gordon Brown a laissé sa place au conservateur David Cameron qui, associé au libéral-démocrate Nick Clegg, avait promis de mettre fin aux abus (David Cameron avait très vite puni les parlementaires conservateurs mis en cause en 2009). Un coup dur, donc, pour une coalition à laquelle de nos nombreux observateurs avaient déjà du mal à prédire un avenir radieux.
POUR NE PAS RÉVÉLER SON HOMOSEXUALITÉ
Le cas du numéro 2 du ministère des Finances britannique, révélé par le Daily Telegraph, se distingue des précédents scandales par sa motivation: cacher qu’il vit avec un homme. Pour ne pas révéler son homosexualité, David Laws n’avait pas précisé que la chambre qu’il occupait lorsqu’il était à Londres se trouvait chez son compagnon. Or, depuis 2006, la loi interdit aux parlementaires de louer un logement auprès de leur conjoint-e.
« Ma relation avec James Lundie remonte à 2001, soit près de deux après après que j’ai emménagé chez lui, a déclaré David Laws en présentant ses excuses. Notre relation n’était connue ni de nos familles ni de nos amis jusqu’à ce jour. (…) À aucun moment je n’ai eu le sentiment d’aller à l’encontre des règles qui en 2009 ont défini un « partenaire » comme « un membre d’un couple (…) qui bien que non mariés l’un à l’autre ou partenaires civils vivent ensemble et se traitent comme des époux ». Bien que nous vivions ensemble, nous ne nous traitions pas comme des époux – nous n’avons pas de compte joint par exemple, et avons des vies sociales séparées. Je comprends néanmoins aujourd’hui que cette interprétation soit discutable et rembourserai immédiatement » les sommes perçues.
« C’ÉTAIT NOTRE DROIT »
« James et moi sommes des personnes extrêmement privées, a-t-il ajouté. Nous avons pris la décision de garder notre relation privée et pensions que c’était notre droit. À l’évidence cela ne peut pas rester le cas. »
Malgré les évolutions des conservateurs sur les questions LGBT au fil des dernières années, « l’un des parlementaires les plus riches [David Laws est un ancien banquier, millionnaire, ndlr] s’est retrouvé dans une situation ridicule: se faire payer son loyer par le contribuable pour rembourser son petit ami, afin que personne ne découvre que c’était son petit ami », souligne Tony Grew, ex-rédacteur en chef du site LGBT PinkNews.co.uk.
GÂCHIS ET TRISTESSE
Ce sentiment d’absurdité, de gâchis, de tristesse revient chez la plupart des commentateurs. Mais pour d’autres, comme Ben Summerskill, directeur exécutif de l’association LGBT Stonewall, les arguments de David Laws sont surprenants: s’il n’avait pas demandé le remboursement de son loyer, sa relation avec James Lundie n’aurait pas été rendue publique.
David Laws pourrait néanmoins être de retour assez rapidement au gouvernement, s’il parvient à convaincre John Lyon, « Parliamentary Standards Commissioner » (une sorte de gardien de la déontologie au Parlement), que sa volonté de rester dans le placard justifiait la manœuvre. On ne sait que lui souhaiter: que son placard soit considéré comme une bonne excuse et qu’il poursuive sa carrière politique ou que sa demande soit rejetée et qu’il puisse enfin vivre à l’air libre.
httpv://www.youtube.com/watch?v=Kiy4XMZZpFk
Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur David Laws announces his resignation
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