Sergey Yenin, militant biélorusse, revient sur la Slavic Pride de Minsk
Quelques jours après la Slavic Pride, qui se tenait à Minsk samedi dernier, Sergey Yenin raconte, de l'intérieur.
Il y a quelques jours, un témoignage de Sergey Yenin était publié sur le site UK Gay News, grâce auquel les participants à la Slavic Pride nous ont permis de suivre quasiment en direct ce qu’il s’y passait le week-end-dernier. Sergey Yenin est vice-président de l’association LGBT biélorusse GayBelarus.By, qui co-organisait la Slavic Pride. Étudiant en langues, il écrit aussi pour Gay: Good As You, le seul magazine LGBT biélorusse. Yagg reproduit ce texte, avec l’autorisation de Sergey Yenin et de UK Gay News [les intertitres sont de la rédaction].
Arrêté, tabassé, insulté, emprisonné et jugé pour avoir participé a la Slavic Gay Pride… mais FIER de ce que nous avons accompli à Minsk, par Sergey Yenin
Ce qui suit est le récit des 48 heures les plus marquantes de ma vie de militant homo en Biélorussie.
Nous étions quatre dans le taxi qui nous conduisait vers le point de rassemblement. Moi, Logan (un réalisateur australien), Jack (son copain) et Chad (un photographe travaillant sur le projet Walk with Pride). Je ne pouvais m’empêcher de frissonner à l’idée de ce qui allait se passer pendant cette marche et surtout les heures difficiles qui pourraient suivre. Mais je ne voulais pas que mes amis s’inquiètent aussi. Le taxi, lui, s’est très vite rendu compte qu’il y avait quelque chose d’inhabituel à l’endroit ou il devait nous déposer.
« Qu’est ce que qui se passe ici? Qui êtes-vous? », me demande le chauffeur. « Rien, mes amis sont des touristes que je raccompagne à leur hôtel », fut ma réponse. En fait, il s’agissait du point de rassemblement où la marche devait commencer, à côté d’un hôtel.
Logan préparait sa caméra et Jack prit un papier et un stylo: J’espère que je ressemble a un journaliste comme ça », me dit Jack.
Sept taxis se sont arrêtés à proximité et les participants de la Slavic Pride sont tous sortis des voitures au même moment. L’endroit était bondé de journalistes. Cela ressemblait a une flashmob: on a commencé à marcher et très vite un ami a sorti d’un sac un drapeau arc-en-ciel de 12 mètres de long que l’on a déployé. Apres, tout est allé très vite. Un groupe de Russes a sorti des drapeaux plus petits et des pancartes avec des slogans. Moi, j’ai agrippé le drapeau et on a tous commencé à marcher en criant « L’homophobie est une maladie », « L’homophobie, hors de Biélorussie » etc.
Les journalistes n’ont pas perdu leur temps à nous attendre [NDLR: la marche avait été annoncéé pour 13h10 puis finalement retardée de 1h30 en raison d’une forte présence policière]: dès qu’ils nous ont aperçus, les flash ont commencé a crépiter dans notre direction. Nous nous sommes arrêtés pendant un moment près de l’Institut national des arts où nous avons crié nos slogans devant le drapeau.
Au bout d’un moment, nous avons repris notre marche. J’ai remarqué 2 journalistes qui se disputaient car l’un avait pris la place de l’autre et sur le moment, cela m’a fait sourire. Je pense que jusqu’à ce moment j’étais resté très tendu et très froid depuis le début.
ARRESTATIONS
Soudain, un fourgon rempli de policiers s’est arrêté. Les portes se sont ouvertes et une meute de flics habillés en noir a foncé vers nous. Oleg et moi avons lâché le drapeau et couru vers l’arrière aussi vite que possible. Tout était confus dans ma tête à ce moment et je ne pouvais m’expliquer où j’allais.
Il y avait un seul objectif: courir le plus loin possible de ce massacre. Lorsque je suis passé devant un journaliste, je l’ai vu jeter un œuf dans ma direction. Il m’a manqué mais cela m’a fait accélérer.
Deux flics en civil m’ont barré la route: je n’ai compris qu’ils étaient de la police que parce qu’un talkie-walkie dépassait de la poche de l’un des deux Avec une grande agilité, l’un d’eux a touché ma jambe avec son genou et m’a jeté à terre.
Alors que j’essayais de récupérer mes lunettes, il m’a attrapé par le col et m’a tiré derrière lui sur quelques mètres à même le sol. Puis il m’a redressé et m’a frappé violemment dans la cage thoracique. Je revois encore ses yeux plein de rage. La haine déformait même sa bouche. Il a compris en même temps que j’étais sa cible et que j’avais probablement la moitié de son âge. Il n’était simplement plus humain à ce moment…
Un autre m’a attrapé par le col pour m’empêcher de m’enfuir.
Puis j’ai vu Oleg. Il se tordait de douleur à cause de son ulcère à l’estomac. Personne n’a porté attention à ses plaintes. Les policiers étaient trop occupés à trouver un moyen de nous embarquer au poste. La mère d’un militant est arrivé rapidement devant nous et s’est présentée comme docteur pour essayer de nous secourir. Elle a été ignorée alors que l’on nous jetait dans un fourgon.
AU COMMISSARIAT
Une fois arrivés au poste, nous étions assis à même le sol. Je sentais le sang couler sur mes bras. Mon t-shirt était maculé de taches rouges. Je me suis remis de mes émotions et j’ai demandé à ce qu’une ambulance soit appelée. Dois-je préciser qu’évidemment ma demande a été ignorée?
Les autres sont arrivés. Mes amis ont été jetés d’un autre fourgon et emmenés de force à l’intérieur du poste. Ils paraissaient si fragiles comparés aux policiers. Leur courte marche s’est terminée par des coups de pieds. Je ne pouvais rien faire, à part les regarder. Je me suis senti si inutile à ce moment.
Puis les policiers ont apporté notre drapeau de 12 mètres dans la pièce. Il l’ont jeté par terre en se moquant de nous. Un de mes amis m’a dit par la suite que lorsqu’il était dans le fourgon, les flics ont mis un bâton dans sa bouche et lui ont promis qu’ils le lui enfonceraient dans l’arrière-train s’il tentait de le sucer.
Ils nous ont ensuite emmenés dans une autre pièce pour nous interroger. Nous y avons passé encore 2 heures. Ils nous humiliaient sans cesse. L’un d’eux a mis une bombe lacrymogène près de mon visage en disant « Je vais te brûler les yeux maintenant! ». Nous étions terrifiés. Nous ne pouvions pas imaginer que l’endroit le plus sûr du monde était si peu sûr…
Nous avons été relâchés lundi. Nous attendions tous impatiemment ce moment. Les 2 nuits au poste nous ont paru un éternité. Maintenant que je suis libre, je ne peux pas garder ça pour moi. Je n’ai apparemment pas de liberté d’expression dans mon pays, mais je l’ai sur internet.
Photo Walk with Pride
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