Posté sur la communauté: « De la culture lesbienne et de sa visibilité », par Gin
À peine arrivée sur la communauté, Gin, une yaggeuse installée en Russie, pose d'excellentes questions…
À peine arrivée sur la communauté, Gin, une yaggeuse installée en Russie, pose d’excellentes questions…
De la culture lesbienne et de sa visibilité, par Gin
Premier post, on verra bien ce que ça donne, sur la « culture » lesbienne et sa visibilité (ça raconte quand même un peu beaucoup ma vie). Vu que ce « monde » si on peut dire est un peu nouveau pour moi, je ne sais pas si je raconte des banalités connues de tous (n’hésitez pas à me dire si c’est du vu ou revu, ça me plairait plutôt bien remarquez, vu que c’est mon ressenti, j’aurais moins l’impression d’être seule ^^).
Je n’ai pas vraiment de film lesbien culte, et cela fait peu de temps que je m’intéresse à la culture lesbienne. Je ne sais pas vraiment si elle existe d’ailleurs, toujours est-il que si on me demande spontanément le nom d’une icône lesbienne, je ne saurais pas répondre immédiatement (en réfléchissant je dirais Beth Ditto, c’est la seule qui me vient à l’esprit pour l’instant).
Je me demande si l’absence de visibilité des lesbiennes ainsi que de la culture lesbienne (dans le sens personnalités lesbiennes, films avec cette thématique, romans etc.) ne handicape pas un peu les jeunes filles (ou moins jeunes) en plein questionnement existentiel (au hasard, moi, même si ça ne saurait être la seule et principale raison). En fait j’en suis même sûre, et je pense que pas mal de monde a le même avis que moi.
C’est en fréquentant Yagg que j’ai découvert par exemple Ellen DeGeneres, icône pour pas mal de lesbiennes, mais surtout complètement inconnue en France. Au contraire des personnalités ouvertement gays, les lesbiennes connues ne le sont souvent que de leur communauté, et m’ont l’air d’être… américaines. Bon, il y a aussi des Françaises mais elles sont rares je trouve, mon grand choc de l’année dernière étant le coming-out de Muriel Robin (bah oui je la connais comme tout le monde quoi, je ne me suis jamais posé de questions sur son orientation sexuelle, et je pense n’avoir pas du tout de gaydar). Bref devoir importer des personnalités d’Amérique totalement inconnues en France (même si elles gagnent à être connues) afin de s’identifier me semble être symptomatique de cette non-visibilité.
J’aime me psychologiser si on peut dire (tendance psychologie de comptoir), du genre « je réfléchis à ma vie et au pourquoi du comment qu’à 20 ans seulement, j’ai émis la vague hypothèse qu’en fait les garçons ils sont gentils, mais juste gentils ». J’ai réfléchi au fait que j’avais des goûts un peu clichés, si bien que la plupart de mes amis ont du deviner depuis longtemps que je n’étais pas tout à fait hétéro, voire pas vraiment, voire pas du tout. Bref j’ai la vague impression d’être la dernière à l’avoir su.
Si je n’ai pas vraiment vraiment d’icônes ou de connaissances en culture lesbienne, je me suis rendu compte que si une grande partie de mes films préférés étaient des histoires d’amour entre garçons, ça signifie peut-être quelque chose… (deux en fait je dirais):
1. À défaut d’avoir accès à une culture lesbienne visible, je me tourne inconsciemment vers la culture gay: j’ai pleuré chaque fois que j’ai vu Brokeback Mountain (j’ai les yeux très sensibles aussi, un coup de vent et hop j’ai les larmes aux yeux *comment ça je trouve une excuse pourrie à mon romantisme forcené?*), et bien que je me disais qu’il n’y avait aucune honte à fondre devant une histoire d’amour homo, je regardais en cachette My Beautiful Laundrette (ah Daniel Day-Lewis!) et Maurice (le téléchargement pas si légal que ça, ça aide n’empêche). Sur la liste de mes films préférés, il y a aussi My own private Idaho, Mala Noche… bref la grande majorité de mes films préférés sont à thématique gay (tendance amour impossible).
2. Inconsciemment, plutôt que de m’assumer comme lesbienne, c’est comme si je faisais un transfert en ne portant (presque) que mon attention sur des personnages gays, d’autant que l’absence de filles m’évite de fantasmer dessus et l’assumer. Seulement à la différence de certaines de mes amis, je ne fantasme en fin de compte ni sur Heath Ledger, ni sur Jake Gyllenhaal, et ça a fini par me mettre la puce à l’oreille. Bon OK mon film préféré reste Furyo et le mec le plus beau de la terre David Bowie, mais bon c’est une exception, quoique finalement explicable si je psychologise encore un peu, vu le caractère hautement androgyne et ambigu du monsieur. Même si ces motifs-là ont sans doute contribué à faire de moi une groupie écervelée, c’est tout de même la musique qui m’a conquise (bon je m’arrête là avant d’essayer de vous convertir).
Je pense que cet attrait pour la culture gay en général, notamment à travers les films mais pas que (adorer Jean Genet et avoir toutes les Chroniques de San Francisco, c’est un poil cliché tout de même, non?), qui me semblait tout à fait anodin, après tout Brokeback Mountain était le film culte de ma bande de copines hétéros au lycée, a fini par se muer en identification à un personnage homo, en l’occurrence Zach, le héros de C.R.A.Z.Y. Si vous avez vu le film, pas difficile d’imaginer pourquoi: un ado fan de Bowie qui se pose des questions sur son orientation sexuelle, ça me parlait pas mal. Du coup grosse identification en chantant faux sur Space Oddity, d’autant que le film n’est pas une histoire d’amour, donc pas de garçon spécifique objet du désir qui viendrait me casser mon identification/N-ième prise de conscience que « mais en fait je suis peut-être lesbienne » (j’ai eu un nombre monstre de prise de conscience se finissant par un « mais ptètre pas en fait »).
Bon j’arrête de raconter ma vie, quel était le propos de ce post déjà? Ah oui la visibilité lesbienne.
Car dans la vraie vie aussi, pour moi qui ai vécu jusqu’à mon entrée en fac à la campagne, la visibilité homosexuelle en général, elle se faisait surtout par la télé. Et à la télé, les homos ont les voit quand même (pas tant que ça mais ils sont là), sauf que on voit surtout les gays je trouve. C’est déjà bien mais quand on n’a aucune lesbienne dans son entourage, qu’on n’a aucun modèle à qui s’identifier, et aucun personnage lesbien à la télé, ça n’aide pas. Comment penser qu’on est soi-même lesbienne quand celles-ci « n’existent pas »? Comment arrêter de se poser des questions débiles du genre « je ne peux pas en être une, vue que je ne leur ressemble pas? ». Car j’ai peut-être des goûts clichés mais physiquement je ne suis pas un cliché ambulant je pense (sans connotation péjorative de ma part pour les concernées, chacun a son style). Car ce que l’on voit (voyait?) à la télé c’est le cliché de la camionneuse (ah Gazon Maudit! Mon premier film, pour autant que je m’en souvienne, qui aborde les amours entre filles) et celui de l’androgyne « gouinamèche » (comme j’ai lu ici ^^).
Du coup dur de s’identifier avec les seules images de lesbiennes présentées par la télé, quoique au moins, on en voit un peu. J’ai lu d’ailleurs un papier à ce sujet parlant des séries américaines, disant que les seuls persos ayant des amours lesbiennes étaient en fait bi, à de très rares exceptions près. J’ai beau apprécié Dr House par exemple, le fait que la seule bi de la série finisse en relation longue durée avec un mec, ça me pince un peu le cœur.
C’est à l’image de nombre de popstars qui ces derniers temps parlent ouvertement de leur bisexualité, ce qui finit par m’irriter un peu, trop d’effet de mode: deux filles c’est cool etc. Un acteur qui parle de sa bisexualité serait un peu plus mal reçu je pense, forcement pédé refoulé, alors qu’une fille, ce ne peut être forcement que sexuel, surtout pas d’amour non non, et puis tout est bien qui finit bien, elle finit avec un mec bien sûr! Combien de ces popstars sont actuellement en couple avec un garçon?
Je n’ai rien contre les bi, je reconnais leur existence (à ce que j’ai compris c’est pas le cas de tout le monde), mais cette mode des pseudo-bi leur cause, ainsi qu’aux lesbiennes, plus de tort que bien. Bon là je dérive encore… (une légèèèèèèère rancœur contre une pseudo-bi de ma connaissance pourrait me faire écrire pas mal de lignes sur le sujet, mais vous avez de la chance, je vous épargne ça).
Résultat des courses, après avoir porté autant d’intérêt à la culture gay, ma découverte de la culture lesbienne se fait dans la douleur, enfin surtout l’ennui. Même si je découvre le monde LGBT, à travers Yagg notamment, ma culture lesbienne n’a pas fait un bon immense non plus, ne prenant pas une grande place dans la culture LGBT en général (mais ça pourrait être pire quand je vois la situation des B et des T). Et j’ai un peu honte, me disant que je n’y mets pas du mien, à avoir baillé durant tout le premier épisode de The L Word, n’ayant pas le courage d’aller plus loin.
Tout ça pour dire qu’au final, ma vraie prise de conscience s’est faite suite au coming-out d’une amie: je découvrais que les lesbiennes n’étaient pas des êtres de légende mais existaient pour de vrai! Et si ça concerne quelqu’un que je connais, pourquoi pas moi?
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