Posté sur la communauté: « Disparition amoureuse », par Septembre

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Depuis son premier post l'été dernier, la yaggeuse Septembre enchante la communauté, à tel point qu'un groupe de lobby pour le Goncourt de Septembre a été créé.

Depuis son premier post l’été dernier, la yaggeuse Septembre enchante la communauté, à tel point qu’un groupe de lobby pour le Goncourt de Septembre a été créé.

Si ses premiers posts étaient surtout consacrés à l’observation de ses congénères, depuis quelques temps, Septembre est tombée sous le charme d’une jeune femme. Son style sans fioritures, tout en touché, avec une pointe d’autodérision toujours bienvenue, se prête à merveille au récit de la naissance de cette relation.

Disparition amoureuse, par Septembre
Je suis en train de tomber sévèrement amoureuse. J’ai tous les symptômes: idiotie chronique, tendance à l’apathie en l’absence de l’objet de mes désirs, distraction perpétuelle. C’est assez pitoyable. Les gens amoureux sont d’un ennui… ils irritent leur entourage, avec leur incapacité à se désolidariser du corps de leur amant, leur je-ne-vois-plus-qu’elle-et-quoi? et autres le-monde-a-disparu-et-alors?, leur tendance à la private joke. Ils ébrouent leur bonheur sur les frustrations et la solitude des autres, ce qui les exacerbe. En somme, l’amoureux n’est pas un animal social. C’est pourquoi, les premiers temps, tout le monde est soulagé que les amants se replient sous leur couette pour mener à bien diverses activités constructives telles que discuter théologie amoureuse ou préparation de plans sur la comète. Ou s’envoyer en l’air, plus prosaïquement. Mais les amis et la famille, ça s’inquiète aussi. Alors le téléphone sonne. Et geint: « Mais où es-tu passée? Déjà qu’on ne te voyait pas beaucoup, mais là, tu es carrément fantomatique ». Ou menace: « Oui, c’est ton père. Encore. Je suis à deux doigts de solliciter une alerte enlèvement à ton sujet ». Ou fait du chantage: « Oui, c’est ta mère. Encore. J’ai fait ton plat préféré ». Ou s’insurge: « Tu vas me faire le plaisir de passer quelques vêtements pour venir boire un verre avec moi. Maintenant ».

Je suis en train de tomber sévèrement amoureuse. Mais je tâche de limiter les dégâts. Je me fends de quelques sms à l’attention de mon répertoire. Je dégage des créneaux horaires de trente royales minutes pour prendre un café avec mes amis. J’optimise les visites en effectuant des regroupements familiaux. L’avantage, en ce qui concerne ma vie amicale, c’est que je suis terrorisée à l’idée de m’investir à nouveau dans une relation amoureuse. Il semblerait qu’elle aussi, d’ailleurs. Du coup je refuse à toute force la fusion lesbienne, et j’entretiens un minimum le terreau amical. Et puis je reste prudente: je sombre parfois dans de grosses phases de mélancolie à penser que le passé va forcément venir pourrir le présent, ou bien que je ne vais pas être à la hauteur, ou bien que je vais saborder la relation comme je sais parfois si bien le faire, ou bien qu’il va se passer n’importe quoi qui va mettre fin brutalement et sanglantement à cette relation: une autre fille qui va passer par là et pile sous son nez; un goût prononcé de la demoiselle pour David Guetta; Christian Vanneste, Christine Boutin, des intégristes religieux et Robert Ménard réunis qui vont venir nous attaquer dans notre sommeil; une catastrophe climatique qui va causer la fin du monde; un bouton d’acné. Que sais-je encore. J’essaie de secouer mon pessimisme, mais il me colle à la peau. Pas facile de chasser le naturel. Cependant, au moins, quand on arrive à se voir toutes les deux, je respire et j’ai l’impression de vivre. Enfin, je respire… si on veut. Avec le stress post-traumatique généré par l’irruption du chabadabada dans ma vie, mon amie la cigarette a refait irruption dans ma vie, ce qui me fait passablement culpabiliser en plus de m’encombrer les bronches. Mais nous ne nous voyons pas assez et il faut bien passer le temps. Une blonde n’est pas nécessairement un mauvais choix.

Non, nous ne nous voyons pas assez, je le jure sur la tête d’Ellen DeGeneres. Shoots d’amour. Nous ne nous envoyons qu’une vingtaine de messages dans la journée, une broutille: de la méthadone pour pallier le manque. Je dois avouer que je m’en accommode plutôt bien: la preuve je ne pense à elle que quand je suis éveillée. Par ailleurs, quand je suis en face de mes amis, je joue très bien à la fille détachée de ses préoccupations et toute entière dédiée à celles des autres. La preuve, je ne monopolise la parole que 76,4% du temps de conversation. Et je demande d’abord à mon interlocuteur s’il va bien. J’avoue cependant que j’ai quelques moments de faiblesse. L’autre jour, par exemple, une chanson de Christophe Maë qui, impromptue, passait à la radio, m’a plongée dans une rêverie de laquelle, fort heureusement, j’ai réussi à m’extirper avant que la honte et l’opprobre ne s’abattent sur mon crâne en même temps que le regard navré des convives. « Excuse-moi, tu disais? »

Je suis en train de tomber sévèrement amoureuse. Mais je ne crois pas aux histoires d’âmes sœurs, à vrai dire. Je me dis malgré tout que je pourrais faire un bout de chemin avec elle. Après tout, comme disait Jodie Foster en 1977, « la vie c’est chouette, quand on a une amourette ». Sauf pour les amis.

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