Thierry, victime d’une agression homophobe dans le Marais, témoigne sur Yagg

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Mercredi 3 février, Thierry et Corentin se sont fait agresser dans le Marais, à Paris. Aujourd'hui, une semaine après ces violences homophobes, Thierry, l'une des deux victimes, témoigne sur Yagg.

Mercredi 3 février, peu avant 23h, Thierry et Corentin se sont fait violemment agresser dans le quartier du Marais, à Paris (lire notre article). Les deux hommes ont eu le courage d’appeler la police juste après l’agression, de porter plainte lundi dernier, de témoigner au Centre LGBT Paris IdF. Aujourd’hui, Thierry, l’une des deux victimes, répond aux questions de Yagg.

Que s’est-il passé le soir de cette agression? On est sortis d’un bar dans le Marais avec un ami (Corentin, ndlr). On est arrivés rue du Temple, à un angle de rue. Chacun devait partir dans une direction différente. Nous étions face à face, en train de parler un peu, et de nous dire au revoir. On ne se tenait pas la main, on ne s’embrassait pas, on était habillés de façon tout à fait classique, en jean et sweat-shirt.

Trois mecs sont arrivés, à pied, et nous ont dépassés, j’ai regardé une demi-seconde, machinalement, comme on regarde quelqu’un qui passe à côté de soi. Ils ont continué leur chemin, sur quelques mètres, jusqu’à ce que l’un des trois se ravise et revienne, et s’adressant à moi il a dit: « tu crois que je suis gay? », puis il a traversé la rue vers moi et m’a reposé la question « tu crois que je suis gay? », j’ai répondu « j’en sais rien », et il m’a mis un coup de boule. J’étais sonné, assis par terre, je ne comprenais pas ce qu’il venait de se passer. Je ne voulais pas me battre, alors j’ai essayé de calmer le jeu en disant « on part c’est bon… », ils me répondaient « c’est ça casse toi » en m’insultant et en me mettant des coups des pieds, j’étais toujours assis par terre. Je me suis relevé, avec mon ami, on a commencé à partir, tout d’abord en marchant, on a pris une petite rue perpendiculaire à la rue du Temple. On a remarqué qu’ils nous suivaient et qu’ils se rapprochaient de plus en plus. On a commencé à courir. Ils nous ont poursuivis. Ils ont réussi à rattraper mon pote qu’ils ont commencé à tabasser. Un des trois me bloquait pour que je n’aille pas aider mon pote. Et ils nous insultaient.

Après l’avoir passé à tabac, ils sont partis. Mon ami avait pris des coups au visage et il saignait du nez. On est entrés dans le premier café qu’on a trouvé, et le mec du café nous a dit que ce genre d’agression arrivait régulièrement et que ça s’était d’ailleurs produit la semaine d’avant, qu’il y avait une recrudescence des violences homophobes dans le quartier.

Dans le café, on a contacté la police. Quand ils sont arrivés, on a fait des rondes avec eux dans tout le quartier pour essayer de retrouver les agresseurs. Bizarrement, ensuite, la police devait nous déposer chez nous, au lieu de ça ils nous ont laissés exactement à l’endroit de notre agression. Sur le coup, on était tellement sonnés qu’on n’a pas réagi, mais avec du recul, je trouve ça super imprudent.

On a porté plainte lundi dernier contre X. On nous a fait voir des photos qui correspondaient aux profils qu’on avait décrits. Sur les trois agresseurs, on pense en avoir reconnu un, le plus violent des trois. Les policiers insistaient pour savoir si on était sûrs à 100%. On a répondu qu’on ne pouvait pas être sûrs à 100%. La photo datait de quelques mois, la coupe de cheveux avait certainement un peu changé, l’expression du visage n’était plus la même, sur la photo, il avait un regard un peu effrayé alors qu’en face de nous il était violent et avait un regard plus dur… Les policiers nous ont dit qu’il fallait absolument être sûr à 100%, ils nous ont pas mal dissuadés. J’ai failli revenir le lendemain, dire que j’étais sûr. Mais dans le doute, je ne l’ai pas fait.

Nous n’avons pas encore contacté SOS homophobie, mais on a l’intention de le faire. Il est important pour nous que cette agression soit enregistrée.