À Tel-Aviv, les ados LGBT se préparent à investir à nouveau le local d’Agudah

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Un mois après l'attentat homophobe, qui a fait deux morts et de nombreux blessés, comment va la communauté LGBT?

Ce qui est curieux dans l’affaire de la fusillade du 1er août à Tel-Aviv (lire notre article), c’est que la police israélienne n’a toujours pas trouvé les responsables du meurtre. S’agit-il d’une homophobie policière ? Sinon, comment expliquer que cette même police, qui se veut d’ordinaire si prompte à résoudre les crimes, n’ait encore arrêté aucun suspect ? En tout cas, une chose est sûre : la police est confrontée ces derniers temps à des violences de plus en plus fréquentes dans la société israélienne. Le résultat, peut-être, d’une haine continue et croissante entre israéliens et palestiniens, juifs et arabes, religieux et laïques (juifs ou musulmans), d’un mépris entre riches et pauvres, anciens et nouveaux immigrants, d’une homophobie qui a permis à un fou de commettre un crime, qui à ses yeux, est sûrement « une bonne action »…

Rappel des faits : le samedi 1er août, un homme masqué a ouvert le feu dans le Bar Noar (bar des ados), dans l’immeuble de Agudah, l’Union LGBT israélienne, à Tel-Aviv tuant deux personnes – une adolescente de 16 ans et un moniteur de 26 ans – et en blessant 10 autres.

Ce lieu accueille depuis plusieurs années des adolescents LGBT ; c’est une véritable maison de soutien et d’aide mise à disposition par les professionnels de l’Union LGBT. La plupart des adolescents qui le fréquentaient venaient de la banlieue ou des villes périphériques et étaient encore dans le placard. Leurs familles ont appris l’homosexualité de leurs enfants victimes de la fusillade par les reportages à la télévision ou directement à l’hôpital. Un drame dans le drame.

Le meurtrier n’a pas « seulement » pris la vie de deux personnes. Il a aussi percé la bulle des homos à Tel-Aviv et porté atteinte au travail de fond mené depuis des années par une communauté entière vers une acceptation par la société. Symbole du pluralisme, Tel-Aviv était plus que jamais une sorte de paradis gay et la présence des personnes LGBT dans les médias, représentées comme monsieur ou madame Tout-le-monde, était de plus en plus fréquente.

UNE COMMUNAUTÉE RENFORCÉE
Selon Shaul Gonen, coordinateur des actions pour les adolescents de Agudah, la communauté est sortie paradoxalement renforcée et plus unie après la fusillade, « les gens ont accroché à leurs balcons des milliers de drapeaux arc-en-ciel et il y a aussi eu, bien sûr, le rassemblement du 8 août, auquel plus de 20000 personnes ont participé » (photo). Shaul Gonen constate que l’événement a encouragé beaucoup de personnes à faire leur coming-out et précise qu’Agudah reçoit beaucoup d’appels de la part de parents qui demandent de l’aide. « Mais je vois d’autres adolescents LGBT qui ont dû partir de chez eux ».

Il faut souligner que la communauté LGBT n’a jamais reçu autant de soutien de la part des politiques. Le président Shimon Peres, qui s’est opposé dans le passé à la tenue de la gay pride à Jérusalem, a prononcé un discours émouvant lors du rassemblement du 8 août (lire notre article). Ministres et membres du Parlement, de droite comme de gauche, l’ont rejoint, à l’exception naturellement du parti ultraorthodoxe, Shas, qui a continué à propager ses propos homophobes. Un ultraorthodoxe de 20 ans de Jérusalem a été arrêté le soir du rassemblement après avoir menacé sur internet les participants du rassemblement.

Yediot Tel-Aviv, l’un de plus importants journaux du week-end de Tel-Aviv, a publié le 7 août en couverture un faire-part de décès : « À la Communauté LGBT, nous sommes avec vous dans votre deuil de l’innocence, tuée par un assassin samedi soir à Tel-Aviv ». Le journal a publié également un sondage selon lequel 73 % des habitants de la ville ont une attitude positive envers la communauté gay. Le détail des chiffres montre une réalité plus nuancée : seuls 40 % des telaviviens acceptent de voir des hommes s’embrasser dans la rue, et 25 % avouent qu’un tel baiser est vu négativement. Globalement ce sondage révèle un très grand soutien des habitants envers la communauté, mais 25 % des sondés ne sont pas favorables à la tenue de la gay pride dans les rues de leur ville. Enfin, 62 % pensent qu’un tel acte meurtrier pourrait de nouveau se produire.

Un mois après la fusillade, deux adolescents de 15 et 17 ans sont toujours hospitalisés. Ils resteront probablement paralysés. Deux moniteurs sont toujours en convalescence et des dizaines d’adolescents souffrent encore de traumatismes. Suite aux pressions des jeunes, Shaul Gonen compte reprendre les activités du Bar Noar dès ce samedi, mais cette fois-ci, avec une présence policière et une protection armée.

Eran Guterman Photo Agudah